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Chapitre VIII

Braunau, il les avait joints avec un corps qui était à Burghausen, et 11. s'était retiré en hâte sur Munich, qu'il avait abandonné encore pour se joindre à l’armée française au cas que Broglie voulût faire ferme; mais comme il vit que les desseins des Français étaient de quitter l'Allemagne,

5 il écrivit à Broglie que comme les Français abandonnaient l'empereur, ce prince se voyait contraint de les abandonner de même, et à chercher ses sûretés où il les trouverait, et en même temps il écrivit à Khevenhüller et au prince Charles pour obtenir d'eux une espèce de trève, dont il eut l'équivalent en ce qu’on lui promit de respecter les troupes impériales

10 tant qu’elles resteraient sur un territoire neutre de l'empire.

La conduite prudente qu'eut Seckendorff dans ces circonstances épineuses ne saurait assez recevoir de louanges, car par ce traité, (si encore c'en était un) il sauva à son maître le seul pied de troupes qui lui restait, consistant dans un corps de treize mille hommes. Les Autrichiens,

15 aveuglés de leurs succès, regardaient avec trop de mépris ce corps de troupes pour le désarmer, et ils volaient au Rhin, enflés de la chimérique espérance de reconquérir la Lorraine. Il me semble que la eirconspection des gens de guerre est le plus en danger, lorsque la fortune leur paraît la plus riante, ils croient avoir rempli la carrière, lorsque les premiers

20 succès suivent leur début, et ils ne pensent plus au terme auquel leur course doit fournir. Les moments les plus décisifs sont ceux qui suivent une victoire, et ce sont ceux où l'esprit du général doit être le plus tendu, qu'il doit saisir le plus vivement qu'il lui est possible pour n’omettre rien dont il peut profiter, afin de couronner ainsi ses avantages par les succès

25 les plus brillants.

L'Allemagne vit alors dans son sein trois armées étrangères qui la ruinaient également, toutes sous le prétexte de la protéger; le roi d'Angleterre était arrivé à Hanovre, et se préparait à joindre ses Anglais et ses Hanovriens qui s'assemblaient aux environs de Hüchst sur le Main.

30 Le lord Stair, qui avait le commandement de ces troupes, avait tenté de passer cette rivière, mais les Français l’obligèrent à se remettre dans sa première position. Cette équipée du général anglais fit appréhender au roi que la fougue de son tempérament impatient ne l’entraînât dans quelque démarche plus imprudente encore, et George prit la résolution de

35 joindre incessamment cette armée. Ce corps se trouva composé à son arrivée de dix-sept mille Anglais, de seize mille Hanovriens, et de dix mille Autrichiens, ce qui faisait quarante et trois mille combattants; ils devaient être joins par six mille Hessois et par quelques régiments hanovriens, qui étaient encore en marche. Stair avait si mal pris ses me-

0 sures pour la subsistance de cette armée que les soldats manquaient de

pain, et les chevaux de fourrage, lorsque le roi y arriva. Le roi marcha 12, Frédérie Il., hist. de mon temps. 19

Lo:

à Aschaffenbourg pour subvenir à cet inconvénient, mais ce remède n’était pas suffisant pour redresser les mauvais arrangements qu’on avait pris pour les vivres; au lieu de s'approcher du Rhin où le roi aurait trouvé des secours, il s’en éloigna, et son armée se trouva resserrée du Main par devant et des montagnes arides du Spessart par derrière. Il ne fut pas 5 longtemps à s’apercevoir de sa faute, l’armée française vint se camper au delà du Main vis-à-vis de celle des alliés. Noaiïlles affama le monarque anglais dans son camp, et comme il prévit que cette armée serait obligée de décamper, il s'y prépara d'avance, et conçut un projet digne des plus grands capitaines de l'univers. Noailles prit la ville de Dettin- 10 gen, il y fit construire deux ponts fort secrètement, et fit accommoder deux gués pour y passer avec sa cavalerie, cela s’exécuta sans que le roi d'Angleterre en eñt nouvelle.

Pour se faire une idée juste de la bataille de Dettingen, il est nécessaire de connaître la situation du pays où se passa cette action. L'armée 15 anglaise était campée, comme je lai dit, à Aschaffenbourg vers les sources du Main; dans la disette de vivres que souffrait cette armée, elle ne pouvait prendre un autre chemin que celui de Hanaü, où elle suivait le cours du Main, en côtoyant cette rivière par sa gauche, passait la petite plaine de Dettingen, et se rendait de là à Hanau. Le maréchal de 20 Noailles fit faire des batteries masquées le long du Main d’où il pouvait tirer à bout portant sur les colonnes de cette armée, lorsqu'elle se mettrait en marche : il eut un détachement prêt pour faire occuper Aschaffenbourg le moment que les alliés l’abandonneraïent, et son armée devait passer le Main pour se ranger de Dettingen aux montagnes du Spessart25 derrière un ruisseau qui coupait le chemin du roi d'Angleterre, tandis que le flanc gauche de son armée aurait été foudroyé de canon français. Si Noailles avait réussi dans son projet, les alliés étaient battus, sans subsistance et sans retraite. Cette armée se serait débandée, et n'aurait pas vraisemblablemeut pu être rassemblée si tôt. 30 .

George qui n'avait aucun avis des desseins du général français décampa d'Aschaffenbourg, puisque la faim l'en chassait, et comme ses troupes n'avaient campé que par corps, elles se suivaient à distance d’un quart de lieue: les Hanovriens, puis les Anglais, et enfin les Autrichiens. Le roi suivait paisiblement ses Hanovriens dans son carosse, 35 lorsqu'on vint l’avertir que son avant-garde était attaquée par un gros corps de cavalerie française, et bientôt après que toute l’armée française avait passé le Main, et était rangée en ordre de bannière vis-à-vis de lui. Le roi se mit à cheval pour pousser en avant, la cannonade des Français commença, son cheval s’en effaroucha, et l’aurait peut-être emporté au 40

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