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Chapitre IX

réussir, et qu'il y avait de la faute de la France pour beaucoup. J'avais envoyé à Versailles un projet, moyennant lequel Louis XV était le maître d’assembler une armée de l'empire de quarante mille hommes: il fallait pour cela des subsides au landgrave de Hesse, avec lequel j'étais d’ac- 5 cord, au duc de Würtemberg qui était sur le point de conclure, aux électeurs palatin et de Cologne et à l’évêque de Bamberg qui aurait un peu fait le difficile, mais qui se serait pourtant rendu. La cour de Versailles ne voulut point prêter l'oreille aux subsides, ainsi je me trouvais court du meilleur argument dont on se sert pour persuader les princes 10 d'Allemagne.

C'était une guerre sourde que je faisais à la reine d'Hongrie: je lui suscitais des ennemis où je le pouvais, et bien loin d'être rebuté par les obstacles que je trouvais dans mon chemin, un sentiment intérieur me ranimait sans cesse à former de nouveaux desseins, lorsque quelques au-

15 tres m'avaient manqué.

Le jeune due de Würtemberg que sa mère faisait élever à Berlin, entrait alors dans cet âge où les passions sont les plus vives et où le défaut d'expérience laisse à l'amour-propre une entière puissance sur la

raison: l’on à alors d'autant meilleur opinion de soi-même que l’on n’a 20 point fait encore l’essai de ses forces, et l’âme y est plus susceptible à la flatterie que son poison lui est encore inconnu. Comme les premières impressions de cet âge ne s’effacent pas facilement, il me semblait qu'il était expédient d'en profiter pour les intérêts de l'empereur. Charles VII lui envoya un brevet de majorité qui le dispensait de l’âge ordinaire 25 qu'il faut avoir selon les lois de l'empire. Ce diplôme fut accompagné de ma part par tout ce qui pouvait émouvoir un cœur capable de reconnaissance et de sentiment. La suite de cette affaire fut que le jeune due se promit avec ma nièce de Baireuth, que quelques favoris s'emparèrent de son esprit, et que l'empereur et moi, nous fumes payés d'in- 30 gratitude.

Les Saxons, qui n'étaient ni dedans ni dehors depuis la paix de Breslau, pensaient. à s’accrocher quelque part pour jouer un rôle dans le monde. Ils étaient jaloux de l’empereur, mécontents de la France et enragés contre les Prussiens. La cour de Vienne profita habilement des

35 dispositions de celle de Dresde, et elle y envoya un négociateur bien singulier pour y avancer ses intérêts. (C'était une vieille fille d'honneur ou soi-disante, nommée Kling ; elle avait élevé toutes les archiduchesses josephines; mais outre les talents de l'éducation cette vieille sorcière possédait à un degré éminent l’art de séduire ceux dont la faiblesse ne

40 faisait pas résistance aux tentations. Elle gagna l'esprit de la reine, la

confiance du roi, l'affection des Jésuites, mais surtout ses libéralités Jui Frédéric Il., hist. de mon temps. 20

acquirent la personne de Brühl. Carteret était dans le fond l'âme de cette intrigue: il avait déjà acheté Brühl moyennant une terre de la valeur de quatre-vingt mille écus. située dans le’pays de Mansfeld, que le roi d'Angleterre lui donna. Cet Anglais voulait unir étroitement la Saxe avec la maison d'Autriche, dans le dessein de diminuer la puissance 5 prussienne dont la maison d'Hanovre. qu'il servait, était jalouse à l'excès. Le ministre saxon gagné, l'alliance fut bientôt conelue à Dresde. On ne produisit dans le monde que les articles d'une alliance défensive, les autres, quoique réels, furent cachés soigneusement. Environ dans le même temps que l’on sut les engagements que la reine d'Hongrie et le 10 roi de Pologne avaient contractés, l'on apprit les articles du traité de Worms qui avait été conclu l'année précédente. Ce fut là précisément l'époque de la guerre que je résolus de faire à la reine d'Hongrie. Ce traité de Worms mérite trop l'attention de la postérité, et il a eu tant d'influence sur la conduite que j'ai tenue ensuite pour que je n’en rapporte 15 point les articles principaux. — »Article I: Pour cet effet les alliés s'engagent derechef à une garantie très expresse de tous les royaumes, états, pays et domaines qu'ils possèdent actuellement ou doivent posséder en vertu du traité d'alliance fait à Turin en 1703, des traités de paix d’Utrecht et de Bade, du traité de paix et d'alliance communément appellé 20 la Quadruple - Alliance, du traité de pacification et d'alliance conelu à Vienne. le 16 de mars 1731, de l'acte de garantie donné en conséquence et passé en loi de l'empire le 11 de janvier 1732, de l'acte d’accession signé pareillement en conséquence à la Haye le 20 de février 1732, du traité de paix signé à Vienne le 18 de novembre 1738 et de l'accession 25 qui y a été faite, et signée à Versailles le 3 de février 1739; tous lesquels traités sont pleinement rappelés et confirmés ie1, en tant qu’ ils. peuvent concerner les alliés, et qu'ils n'y ont pas dérogé spécialement par le présent traité.«

Cet article seul marquait l'alliance offensive que la reine d'Hongrie 30 faisait contre moi. On y confirmait de anciens traités qui tous garantissaient la pragmatique sanction, et l'on ne faisait aucune mention du traité de Breslau. Cela signifiait en termes clairs que les trois puissances contractantes s'engagent de concourir au rétablissement de la reine d’Hongrie dans la possession des provinces qu'elle a eues de l'héritage de 35 l'empereur Charles VI, et par conséquent de la Silésie,

Cet article second désigne l’objet du traité, mais l’articie treize explique la façon de l’exécuter. Le voici:

»Aiticle XIIT: Et aussitôt que l'Italie sera délivrée d’ennemis et hors de danger apparent d'être envahie derechef, non seulement Sa Ma- 40 jJesté la reine d'Hongrie pourra en retirer une partie de ses troupes, mais

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