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Chapitre IX

si elle demande, Sa Majesté le roi de Sardaigne lui fournira de ses propres troupes pour les employer à la sûreté des états de Sa Majesté la reine en Lombardie, afin qu'elle puisse se servir d'un plus grand nombre des siennes en Allemagne; tout comme à la réquisition du roi de Sar- 5 daigne la reine d'Hongrie fera passer de ses troupes dans les états dudit roi, sil le fallait, pour en défendre les passages qu’ une armée ennemie entreprendrait de forcer, et pour délivrer d’ennemis tous les états du roi

de Sardaigne, et les mettre hors de danger d’être envahis derechef.« Le roi d'Angleterre était tenu selon le traité de Breslau à communi-

10 quer fidèlement tous les traités qu'il ferait à la Prusse. il s'était bien gardé cependant de faire mention de celui-ci: la raison en est claire, car ce m'était pas à lui de renverser par le traité de Worms l'ouvrage qu'il avait édifié par celui de Breslau. C’est à Londres et à la Haye où ces traités furent communiqués qu'ils devinrent publies.

15 Deux événements de cette importance, et qui se suivent de si près firent beaucoup d'impression sur mon esprit. Dès que l'Angleterre agissait contre ses propres garanties, et que la reine d'Hongrie n'était retenue paï aucune considération pour revenir contre ses engagements, que de si fortes ligues se formaient chez mes voisins, il était évident que la Prusse

20 ne trouvait plus de sûreté dans la paix de Breslau, et qu'il fallait nécessairement avoir recours à d’autres moyens efficaces.

La situation était critique, ou il fallait attendre patiemment l’événement où il fallait prendre un parti violent qui n'était pas moins sujet à des événements de toute sorte de nature. On disait que qui se trouve

25 bien ne doit point se mouvoir, que c'est une mauvaise assertion en politique qu'il faut faire la guerre pour l’éviter, en un mot les ministres, qui étaient timides, auraient attendu que la mauvaise volonté de mes ennemis fût parvenue à son comble, si une facon différente de voir les objets et ma hardiesse ne les eût déterminés. Il est sûr que c’est dans ces sortes de

30 conjonctures où le souverain a lieu de mesurer ses démarches le plus exactement aux règles de la prudence. Il n’y à point d'objet plus grave dans l'univers que celui dont dépend la vie d’un grand nombre de particuliers et les sorts de l’état même. C’est dans cet état de crise qu'il faut savoir se décider, et que le parti le plus dangereux que l'on puisse

35 prendre est de n’en prendre aucun. |

Je fis un exposé de toutes les raisons qui pouvaient m'obliger de faire la guerre à la reine d'Hongrie, et j'y joignis la réfutation à côté. Le voici mot à mot avec les sentiments des ministres.

»10 Troppau et Jaegerndorf revenaient de justice au roi après les pré-

40 liminaires de la paix de Breslau, étant situés en deçà de l'Oppava qui devait faire la frontière de deux états. Les Autrichiens en frustrèrent le

roi d'abord après que ses troupes eurent évacué la Bohême: premier acte de mauvaise foi. Mais pourquoi se réservérent-ils les hautes montagnes qui ne rapportent rien, si ce n’est pour être les maîtres de ces débouchés ? On répond à cela que, lorsqu'on est obligé de faire des cessions, l'on conserve ce que l'on peut. Mais cela n’élude point la question: la fourberie 5 des Autrichiens dans ce traité, et leurs mauvaises intentions touchant ces hautes montagnes subsistent également.

20 Pourquoi les Autrichiens et les Anglais s’opposent-ils sourdement à ce que l’impératrice de Russie garantisse le traité de Breslau, comme le roi le souhaïte, si ce n’est que cette garantie mettait un empêchement 10 aux mauvais desseins que les cours de Londres et de Vienne ont contre le roi de Prusse, et qu'ils n'ont point sincèrement l'intention de remplir leurs engagements ?

La politique des Anglais, dit-on, est simple, ils veulent isoler le roi de Prusse, afin que n'ayant que leur garantie pour sûreté, il dépende plus 15 servilement d'eux. Je demande en supposant aux Anglais l’une ou l’autre de ces intentions, si elles sont favorables ou funestes à la Prusse ?

30 D'un temps immémorial la maison de Brandebourg était en litige avec la maison d'Hanovre sur des péages, sur des limites, sur des certains baïlliages du pays de Mecklenbourg etc. Ces intérêts contraires, 20 se heurtant souvent, empêchaient que la bonne harmonie pût s'établir entre ces deux voisins. Le roi voulut couper le mal par les racines, et il fit entamer une négociation à Londres dont le sieur Andrié fut chargé. Le lord Carteret amusa le ministre prussien, le roi d'Angleterre était bien éloigné de cet esprit de conciliation, et le roi conelut dès lors que les 25 intentions du monarque anglais n'étaient point pures.

Le comte Podewils suppose que la maison d’Hanovre à autant d'in- . térêt que celle de Prusse à cet accommodement: Il a raison, mais il ne dit mot des vastes desseins du roi d'Angleterre sur le Mecklenbourg, sur Osnabrück et sur Hildesheim, qui ne sont pas de nature à être conciliés 30 avec les intérêts de la Prusse. |

40 L'année 1743, le roi d'Angleterre sollicita le consentement du roi, pour envoyer un corps de ses troupes hanovriennes au Rhin, le roi qui ne pouvait point l'empêcher y donna les mains, à condition toutefois que ces troupes n'entreprendraient rien soit contre la dignité de l’empereur soit 35 contre ses états héréditaires. Carteret promit tout, et ne tintrien. Il n'y à point de réplique à cela.

50 Pourquoi le marquis de Botta trama-t-il contre l'impératrice de Russie en faveur de la famille exilée? Ne savait-il pas que cette famille exilée était ennemie des Prussiens? Et pourquoi osa-t-il mêler le nom 40 du roi dans ses condamnables intrigues, si ce n’était ou pour nuire à la

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