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Chapitre IX

Prusse par une révolution en Russie ou pour brouiller le roi avec l’impératrice, en commettant son nom dans la trame de son abominable conspiration ?

C'était, dit-on, que la reine d'Hongrie s’intéressait pour ses parents :

5 Hélas! l’on ne voit que trop, combien peu les grands princes respectent les liens du sang.

60 Malgré l’alliance où le roi est avec l'Angleterre, personne ne disconviendra que vu les mauvaises intentions de Sa Majesté Britannique et le dévouement du lord Carteret aux intérêts d'Hanovre, le roi peut

10 s'attendre à toute l’infidélité du roi d'Angleterre. Ce prince, étant maître du parlement, dispose de la bourse de la nation, et moyennant cet argent il peut trouver des Hessois, des Danois, des Saxons ou quelconque avec lesquels il peut attaquer les états du roi sans même commettre la tranquillité de ses pays d'Hanovre. Les garanties sont des ouvrages de filigrane qui

15 sont plus ou moins solides, selon la nature des intérêts, et il est vrai que cette garantie hanovrienne, car on ne peut pas l’appeller anglaïse, paraît de l'espèce la plus mince et de la moins solide.

79 Les articles IT et XIII du traité de Worms sont de nature à ne laisser aucun doute sur les intentions des cours de Vienne et de Londres.

20 Le langage des ministres est que ce traité n’a pour objet que l'Italie ; mais qu'on lise les deux articles cités, et l'on verra bien qu'il regarde l'Allemagne, et plus particulièrement encore le roi de Prusse.

8° L'alliance que la reine d'Hongrie vient de conclure avec la Saxe après le traité de Worms, peut-on se persuader qu’elle est innocente, ou

25 ne doit-on pas prévoir qu’elle est faite dans la fin d’avoir une supériorité de forces, lorsque l’on trouvera à propos d'attaquer le roi de Prusse ?

Les ministres prussiens sont du sentiment que cette alliance avec la Saxe ne s’est faite que pour engraisser réciproquement ceux qui aux deux cours sont à la tête des affaires ; les ministres prussiens, il faut l'avouer,

30 ont un esprit transcendant !

99 Doit-on risquer l'intérêt de l’état à l'événement et au sort qu'auront les armes autrichiennes dans cette campagne? Si les Français sont pressés trop vivement, ils seront obligés de faire une paix honteuse, l’empereur en sera le sacrifice, il sera forcé d’abdiquer l'empire. Quelle honte, quel

35 opprobre pour les princes qui l'ont élu! Alors la reine d'Hongrie, débarrassée de ses ennemis, secondée de la Savoie, fortifiée des troupes saxonnes. et puisant toujours dans les bourses anglaises, pourra revendiquer la Silésie d'autant plus sûrement que la Prusse, isolée et sans autres ressources que les siennes propres, ne pourra résister à un parti

40 aussi supérieur.

La reine d'Hongrie, disent les ministres, ne finira point cette guerre

par une seule campagne; mais supposé que cela fût, elle ne sentira son épuisement qu’ après la paix: ses’ pays sont trop ruinés, disent-ils, et ses finances sont arriérées de dix ans. Tout le monde n’en convient pas: des sujets riches et puissants, un pays d’une étendue très vaste, rempli d'hommes faits pour guerre, sont des ressources réelles, avec lesquelles 5 cette même puissance soutint du règne de Charles VI toute une campagne contre les Français, lorsque la reine Anne fit sa paix séparée de Travendabl.

Les ministres prussiens disent qu'il ne faut point croire qu’on a la guerre avant que Hannibal ne soit aux portes: le comte de Sinzendorff 10 pariait encore à Vienne que les Français ne passeraient pas le Rhin, lorsque Kehl était déjà bombardé et pris par eux. La sécurité ajoute à ces discours que lorsque le roi défunt fit l'acquisition d’une partie de la Poméranie suédoise, tout le monde crut que cette acquisition était précaire, et que la Suède ferait un jour revivre ses droits sur cette province 15 cédée, et cependant cela n’est point arrivé. Je réponds à cela que quand. on fait des comparaisons, il faut qu’elles soient justes, et je soutiens qu'il n’en est point à faire avec la Suède ruinée sans ressources et vaineue sous Charles XII, et la puissance Autrichienne, effleurée à la vérité, mais bien éloignée du terme de sa destruction; ainsi l'ambition de la 20 Suêde était enchaînée par l'impuissance, et celle de l'Autriche est comme assoupie, mais pour s’éveiller et briller avec plus d'éclat.

Les partisans outrés de la reine d’'Hongrie soutiennent que l’on n’a aucun exemple dans l’histoire de la maison d'Autriche qu'elle ait commencé des guerres pour récupérer des provinces perdues. Cela est faux ; 25 car la guerre que Charles VI fit en Sicile n'avait d'autre but, et la dernière guerre d'Hongrie ne se faisait que pour envahir sur les Turcs quelques provinces qui avaient été démembrées de ce royaume. Mais quand même les partisans autrichiens pouvaient prouver leur thèse, j'ose dire que cela ne conclut rien. Car lorsque les Prussiens attaquèrent la Silésie, l’année 30 1740, on disait à Vienne: »1Il n’est ni vrai ni possible que le roi de Prusse nous attaque, car depuis que l'empire subsiste aucun de ses aïeux n’a fait la guerre à la maison d’Autrichec, et l'événement fit voir le contraire. Ne nous trompons point, les exemples du passé ne prouvent rien pour l'avenir. 35

109 Une circonstance bien digne d'attention étaient de certains propos indiserets qui revenaient au roi de tous les côtés: Molé, général autrichien, avait dit, en passant par Berlin au général Schmettau : »Ma cour n'est pas assez insensée pour attaquer le roi en Silésie, nous sommes bien avec la cour de Dresde, et le chemin de la Lusace 40 est le plus court et le plus direct, il mène à Berlin, et cest là où

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