Chapitre X
impardonnable n'avait pris aucune des précautions les plus communes de la guerre contre les surprises.
Le 1 de juillet Nadasdy avait déjà passé le Rhin avec tous ses Hongrois dont le nombre montait à neuf mille hommes ou environ, tandis que 5 lon achevait tranquillement la construction des ponts du Rhin. Sur le bruit de ce passage Seckendorff, qui, s'étant joint au corps du jeune Coigny, avait vingt mille hommes à ses ordres, marcha au secours des trois régiments impériaux, et se trouva vis-à-vis de Nadasdy avant que cet Hongrois fût joint par le corps du prince de Waldeck qui avait levé 10 son camp de Rettigheim pour le renforcer. Tous les officiers de la petite armée de Seckendorff le conjurèrent d'attaquer Nadasdy qu'ils auraient pu facilement pousser, culbuter dans le Rhin, et faire échouer par ce seul coup le dessein du prince Charles. Seckendorff ne voulut jamais y consentir; il se contenta de faire escarmoucher légèrement contre les Hon- 15grois, et Sur ce qu'il apprit que le maréchal de Coigny se retirait en hâte sur Landau, il marcha par Germersheim pour le joindre promptement. Le 2 de juillet le prince Charles se vit donc maître du cours du Rhin depuis Schrück jusqu'à Mayence, Nadasdy et le prince de Waldeck étaient déjà de l’autre bord de ce village, et Bärenklau avait passé 20 cette rivière du côté de Mayencé. Le prince Charles se servit des ponts que Nadasdy avait jetés sur le Rhin, il employa le 3 et le 4 pour les passer avec la grande armée. A peine eut-il formé les troupes qui lui arrivèrent les premières, qu'il fit un gros détachement pour s'emparer de Lauterbourg et de ses lignes, cette ville se rendit à discrétion, on y fit | 25seize cents hommes prisonniers. Nadasdy poussa jusqu'à Weissenbourg qu'il prit de même, et se posta dans les retranchements qu’on y avait construits. Le maréchal de Coigny qui s’aperçut alors de quelle importance il lui était de gagner la Basse-Alsace, avant que le prince Charles eût le temps de le prévenir, marcha brusquement sur Weïssenbourg, fit 30 escalader la ville, attaqua les retranchements et les emporta après une vigoureuse résistance. Nadasdy, se voyant forcé, se retira sur la grande armée autrichienne, qui était postée à Lauterbourg, et qui n'avait pas osé avancer sur Weissenbourg, à cause que Bärenklau et Léopold Daun ne l'avaient pas jointe encore. Le maréchal de Coïigny profita habilement | s5de ce délai, et des débordements du Rhin qui empêchaient ou rendaient difficile la jonction des Autrichiens ; il marcha sur la Sauer, passa la Motter auprès de Haguenau, et se campa à Bischweiler.
Le prince Charles profita de l'éloignement de l’armée française pour former par ses troupes irrégulières le blocus du Fort-Louis dont un seul 40 bataillon composait la garnison, et qui n’était pas suffisamment approvi- | sionné. Nadasdy et Bärenklau prirent le 12 de juillet poste à Wôürth, à
Beinheim et sur toutes les îles qui entourent le Fort-Louis. Les eaux du Rhin qui haussèrent considérablement tirèrent les Français d'embarras : Bärenklau et Nadasdy furent obligés de quitter des îles où ils allaient être inondés, la garnison regagna la communication de Strasbourg, l’on
y jeta un renfort de deux bataillons, et on leur fournit des vivres pour: longtemps, de sorte que Fort-Louis était hors d’insulte. Prince Charles qui vit son coup manqué sur Fort-Louis fit avancer ses troupes légères, et les posta devant et sur les ailes de l’armée française et dans le bois de Haguenau, ce qui en resserrant cette armée l’empêchait en même temps d'envoyer des partis au delà de la Motter. Le maréchal de Coigny 10 avait cependant informé le roi de France de la situation dans laquelle se trouvait l'Alsace, il reçut alors par un courrier de Flandre la nouvelle que le roi se mettrait en personne à la tête de quarante mille hommes d'élite de son armée pour venir à son secours, que ces troupes pourraient au plus tard le joindre le 12 d'août, qu'il devait temporiser en ce temps, et15 surtout conserver son armée. Ce furent ces ordres qui déterminèrent le maréchal de Coigny à changer de mesures et à éviter surtout les hasards. Nadasdy était renforcé de troupes réglées, et commençait à s'étendre vers les hauteurs de Reïchshofen et Wasenbourg, comme s'il voulait tourner le camp français par Lichtenberg et Buchsweïler. Coigny fit ses 20 dispositions pour la retraite, et il marcha le 27 de juillet par Brumat à Strasbourg, en formant une arrière-garde assez forte pour ne point être insultée. Le 31 il se posta sur le canal de Molsheim, mais il l'abandonna bientôt pour gagner les défilés de Pfalzbourg et de Sainte - Marie - aux- Mines, pour empêcher le prince Charles qui s'était déjà avancé à Brumat 25 et faisait construire des ponts sur la Motter, d'occuper les gorges des montagnes par lesquelles l’armée du roi devait passer pour le joindre.
Le roi de France était arrivé le 4 d'août à Metz où il attendait les troupes de Flandre, pour fondre à leur tête tout de suite sur l’armée du prince Charles. Le maréchal de Schmettau que javais envoyé auprès 30 de ce prince pour me rendre compte des mouvements des armées françaises, et pour presser le roi de remplir ses engagements, tant pour battre l'armée du prince Charles, lorsqu’ elle repasserait le Rhin, que pour envoyer un détachement en Bavière, et un autre en Westphalie dans les pays d'Hanovre, Schmettau, en rendant ma lettre au roi de France, lui 35 apprit que je me mettrais le 17 d'août en marche pour faire une diversion en faveur de l'Alsace, comptant d'employer cent mille hommes aux secours du roi de France. Ce maréchal fit tout ce qu'il put pour inspirer de la vigueur aux Français, et il y à apparence qu'il y aurait réussi, si la maladie du roi n’y était venue à la traverse. Ce prince se plaignit de 40 grands maux de tête, tous ses médecins et chirurgiens du corps prirent