‹ Histoire de mon tempsChapitre 90 sur 149 · Chapitre X · texte numérisé non relu

Chapitre X

l'empire, pour le soutien de ses libertés et de son chef : on publiait en

même temps des lettres patentes en Bohême par lesquelles les sujets de

ce royaume étaient avertis de ne point prendre fait et cause contre les

troupes auxiliaires de l’empereur, et qu'ils devaient désormais considérer 5 ce prince comme leur légitime souverain.

Je formais une avant-garde de quatre régiments de hussards, soutenus de quatre bataillons de grenadiers, qui précédait la marche de mon corps d’une journée, et qui faisait assembler dans le nouveau camp les subsistances dont nous avions besoin. Le prince Charles conduisait ma

to. seconde ligne, et venait toujours occuper le camp que mon corps quittait. Notre petite flotte rencontra le premier obstacle dans sa navigation, en entrant en Bohême. Le château de Tetschen est situé sur un rocher qui est lavé par les eaux de l'Elbe. Les ennemis l'avaient occupé et ils avai- . ent roulé de grandes pierres dans la rivière, en y ajoutant encore une 15estacade pour en rendre la navigation impraticable. Le général Bonin attaqua le château, il y fit un capitaine hongrois et soixante-dix hommes prisonniers, après quoi il lui fut aisé de nettoyer le courant de la rivière et de continuer sa navigation. Cet incident retarda notre marche de deux jours. L'armée avança dans cet ordre sur la rivière d'Eger où nos hussards 20 surprirent auprès d’un bourg nommé Muntschifay trois cents Autrichiens du régiment de Baronay, en défirent plusieurs, et en amenèrent cinquante prisonniers. On apprit par eux que M. de Batthyani s'était avancé jusqu'à la petite rivière de Béraun avec un corps de douze mille hommes qu'il avait tirés de la Bavière, et qu'il avait jeté outre cela trois mille 25 hommes dans Prague, qui, joints à neuf mille hommes de milice, pouvaient rendre cette ville, d’ailleurs mal fortifiée, difficile à prendre.

Nous arrivâmes avec tous les corps qui composaient mon armée le 2 de septembre auprès de Prague, et comme la marche avait été fort rude. nous primes notre camp auprès de la chapelle de la Victoire. Les

30 corps du maréchal de Schwerin et du prince Léopold avaient investi le Grand-Côté un jour avant mon arrivée. Il fallut huit jours pour transporter la grosse artillerie et les munitions de Leitmeritz à l’armée par terre, je mis en attendant un bataillon en garnison dans cette ville pour garder les farines qu’on ne pouvait faire avancer faute de chevaux et de charria-

35 ges du pays, tout étant occupé pour le service de l'artillerie. On employa ce temps à faire des fascines et les restes des préparatifs d'un siége.

Pendant cet intervalle un espion m'avisa que M. de Batthyani avait un magasin considérable dans la petite ville de Béraun; je fis reconnaître les chemins et les lieux par des détachements de hussards qui confirmai-

40 ent ces rapports, sur quoi le général de Hacke fut détaché de l’armée avec cinq bataillons et six cents hussards pour prendre cette ville. Le général

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Batthyani en eut des nouvelles, je ne sais comment, malgré le secret et les précautions que l’on observa. Il renforça ce poste considérablement, et lorsque Hacke passa le pont de la Béraun, et qu'il eut emporté la porte de la ville, il aperçut tout d’un coup deux gros corps de cavalerie qui passaient la rivière pour lui tomber de deux côtés en flanc, ce qui lui fit5 abandonner l’attaque, il se posta sur les hauteurs où il forma deux quarrés de son infanterie et il y fut attaqué vivement par cette cavalerie et beaucoup d'infanterie hongroise. Il m’avertit de sa situation : je marchaï avec cinquante escadrons et seize bataillons pour le dégager, mais il avait déjà repoussé l’ennemi avant mon arrivée. Le projet n’en fut pas moins 10 manqué sur Béraun, et Batthyani retira encore le peu de magasins qu'il y avait, et les fit transporter à Pilsen.

Si les vivres de mon armée eussent été bien administrés, j'aurais pu chasser avec le corps que j'avais Batthyani du poste qu'il occupait, prendre Béraun et le poursuivre; mais la boulangerie était si mal en 15 5 avance qu'il manquait un jour de pain à l’armée pour le courant, et qu'en nous éloignant de nos subsistances, ce corps aurait couru risque de périr de misère.

La tranchée fut ouverte devant Prague le 10 au soir à trois endroits différents, savoir au plateau de Saint-Laurent, à Bubenetsch vis-à-vis 20 des moulins de la basse Moldau, et à la montagne de Ziska. L'attaque de Saint-Laurent s'appella celle du comte de Truchsess, celle de Bubenetsch où était mon quartier fut nommé celle du prince Charles, et les travaux de Ziska furent conduits par le maréchal de Schwerin. On ne perdit presque rien à l’ouverture de la tranchée; le lendemain le maré-25 chal de Schwerin fit attaquer le fort de Ziska en plein jour et l’emporta, après y avoir fait jeter des bombes, et il prit tout de suite deux petits forts voisins de celui-là que les Français avaient fait construire pendant leur séjour de Prague, et qu’ils ont appellés des nids de pie. J'étais justement à la tranchée du prince Charles, lorsque cette attaque se fit, et30 comme je m'arrêtais à voir quel succès elle aurait, les assiégés, remarquant l'endroit où je me tenais avec beaucoup d'officiers de marque, firent braquer le canon sur nous, et un malheureux coup tua le prince Guillaume de Prusse, frère du margrave Charles, et le même qui avait été blessé à | la tête des gardes, en combattant à Mollwitz pour la gloire de sa patrie 35 et de sa maison. On fit avancer les batteries incontinent après cette attaque, de façon qu’elles battaient en brèche la courtine qui est entre le bastion Saint-Nicolas et Saint-Pierre. Le 15, la batterie du prince Charles, à force de jeter des bombes, mit le feu au moulin, et détruisit les écluses de la Moldau dont les eaux devinrent si basses qu'on la pouvait 40 traverser à gué toute part, et prendre la ville d'emblée par un assez grand

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