‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 2)Chapitre 14 sur 30 · MESDAMES DE BEAUHARNAIS. ETC · texte numérisé non relu

MESDAMES DE BEAUHARNAIS. ETC

étant en émigration). avait fail prononcer le divorce, ce qui alors, pour presque toutes les femmes d'émigrés, ne souffrait aucune difficulté ; dans les démarches si nombreuses, si difficiles, qu'elle eut à faire pour défendre ses intérêts, elle fut aidée, avec le plus touchant dévouement, par un mulâtre, membre de la Convention, qui logeait dans la maison qui lui appartenait. Elle l'aima et fit la folie de l’épouser, rompant ainsi avec toute sa famille.

Plus lard, le général Bonaparte s'intéressa à sa fille et la fil élever dans la maison d'éducation dirigée par Mme Can pan: avant son départ pour l'expédition d'Égypte. il la maria à son aide de camp de confiance, M. de La Valette. Quant à Mme de Beauharnais, elle suivit son mari dans le Midi; elle y mourut obscure et délaissée, quelques années avant la chute de l'Empire.

Nous avons souffert, dans notre paisible retraite, de la disette qu'avaient produite d'abord une assez mauvaise récolte, mais surtout la dépréciation des assignats et la aurn. Il est difficile, quand on ne s'est pas trouvé aux prises avec de tels soucis, de s’en faire une juste idée. La France ressemblait à une place de gucrre après un long siège. quand tout manque à la foi produits du sol, denrées coloniales se vendaient au poids de l'or, le savon mème atteignail des p encore il était en partie mélé de terre glaise; la plus grave, la plus douloureuse privation était celle du n; il faut l'avoir endurée pour se rendre compte de ce qu'il a fallu de patience aux malheureux qui cependant l'ont subie avec

désastreuse mesure du ma:

exorbilants, et

une admirable énergie.

Je ne puis passer sous silence un des actes qui cours de ma vie. m'ont ca

lans le

sé la plus douce et la plus profonde émotion. Au plus fort de notre détresse, malgré les difficultés de transport, le prix insensé du blé, le séquestre

qui frappait encore notre terre de Coulans, les impôts écra-

sants que nos fermiers étaient obligés de v dans les

caisses de l'État, ces braves gens se mirent en roule avec une voiture chargée de grain. Elle nous parvint sans encombre, grâce aux précautions infinies qu’ils prirent pendant toute la route, au soin qu'ils eurent de n'entrer à Croissy, de n'arriver à ma porte qu’à nuit close. Ils repartirent deux heures après, ayant, sans que personne pût s’en douter, rangé les sacs dans un hangar très retiré. J'habitais heureusement à l'entrée du village.

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