‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 2)Chapitre 22 sur 30 · LA COMÉDIE-FRANÇAISE A ERFURT. ET · texte numérisé non relu

LA COMÉDIE-FRANÇAISE A ERFURT. ET

être, la souplesse et l’habileté de son génie italien ne se sont manifestées avec plus d'éclat (1).

() On ne saurait passer sous silence une fête qui fut, pendant la durée des conférences d'Erfurt, offerte à Napoléon par le due de Saxe- Weimer. Elle caractérise merveilleusement bien l'incroyable obséquiosité de ceux sur qui s'appesantissait alors le fardeau de sa toutepuissance en Allemagne. Ce duc imagina de lui donner le plaisir d'une grande chasse sur le terrain même de la bataille d'Iéna. La déroute descerfs et des daims figura celle des Prussiens, et les hécatombes des bêtes fauves remplacérent celles des victimes humaines.

sentiments de haine et de vengeance dont son cœur était certainement rempli. L'histoire de ses hésitations à cet égard est presque aussi curieuse que celle de ses résolutions, et, en signalant plus tard une des précautions dont il s’est enveloppé au moment décisif, j'aurai occasion de montrer jusqu’à quel point il lui a été difficile de prendre son parti, et comment la terreur dont il était constamment obsédé le poussail encore à se ménager une excuse vis-à-vis de celui auquel il allait porter le dernier coup.

J'ai dû mettre quelque soin à faire connaitre un incident resté secret, mais dont les conséquences ont été grandes. C'est surtout en éclaircissant de pareils faits que ceux qui racontent ce qu'ils ont vu peuvent rendre de véritables services à ceux qui, voulant un jour écrire avec conscience l'histoire, prendront le soin de recueillir et de comparer les documents épars dans les récits des contemporains.

En dernier résultat, une telle manière de dénouer une affaire, où les amours-propres étaient nécessairement très engagés, ne pouvait manquer d'amener un commencement d’aigreur, dont la principale conséquence et la plus funeste peut-être a été que Napoléon, jugeant des impressions d'autrui par les siennes, a dû supposer dans l'âme d’Alexandre un dépit qu'il aurait lui-même ressenti plus vivement que qui que ce fût; cette conviction a, dès lors, exercé une grande influence sur sa politique.

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