‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 2)Chapitre 23 sur 30 · INSTALLATION DE M. PASQUIER. LLE · texte numérisé non relu

INSTALLATION DE M. PASQUIER. LLE

amènent de tels changements dans ses relations privées. Toutefois je n'eus pus trop à me plaindre; j'ai pu conserver, à peu de chose près, les liaisons auxquelles je devais tenir. C'était pour ma femme surtout que je redoutais les déplaisirs, les dégoûts de société; j'avais aussi un peu d'inquiétude sur l'impression que produirait sur elle une situation si nouvelle, si en dehors de ses idées. Su raison supérieure la mit fort promptement au-dessus de toutes les considéralions secondaires ; elle s'attacha à ne voir que le bien qu'elle-mêème pourrait faire, et le monde, qui n'est pas toujours injuste et ingrat, lui rendit bientot justice et lui fit la place qui lui était due,

Je dinai chez le duc de Bassano avec le ministre de la police, due de Rovigo. Je n'avais nul penchant pour lui, et il n'en avait pas davantage pour moi. Nous échangeñmes pendant le diner les premières paroles que nous nous fussions dites de notre vie. J'appris de lui les intentions de l'Empereur sur ma promple installation : elle devait avoir lieu le lendemain, à six heures du matin, I me fallut partir sur-le-ehamp;: j'arrivai à Paris, au milieu de la nuit, et à six heures j'étais avec le due de Rovigo à la préfecture de police, M. Dubois fut obligé de me remettre ses portefeuilles, Une houre après, il me présenta les divers chefs de l'administration, et mon travail commença. Les choses et les hommes m'étaient également inconnus, et je ne pouvais me fier aux renseignements fournis par mon prés décesseur; son humeur était évidente, et il laissait trop clairement percer la conviction que je ne me tirerais jamais d'un genre d'affaires auquel j'étais si peu préparé, d'eus cependant pour lui tous les procédés qui pouvaient se con= cilier avec mon devoir.

J'ai toujours pensé qu'il y avait peu de délicatesse et beaucoup de petitesse d'esprit à chercher à se faire valoir aux dépens de l'homme auquel on succède, II faut découvrir ses fautes pour les éviter, mais il convient presque

NNNLNEANNE-SOPHIE DE SERRE DE SAINT-ROMAN Et tord ITA 1 £ fin E8à

der au chapitre que le seul moyen de sauver l'abbé d’Astros était de lui retirer les pouvoirs dont il était revêtu, et de présenter à l'Empereur une adresse contenant une profession de foi satisfaisante sur l’administration capitulaire. Il eut assez de peine à obtenir ce résultat, mais enfin tout fut arrangé comme l'Empereur et lui le voulaient. L'adresse du chapitre fut rédigée ; elle fut très bien reçue, et on l’envoya à tous les évêques de France et d'Italie avec invitation d'y adhérer. Elle eut tout le succès que le gouvernement pouvait en attendre, car pendant quelque temps les colonnes du Moniteur furent remplies des actes d'adhésion qui arrivèrent de toutes parts.

La conduite de l'Empereur dans cette occasion fut impolitique. Restaurateur du culte catholique en France, l'Église lui devait de s’être relevée de ses ruines et ne demandait pas mieux que de se donner complètement à lui. Depuis le Pape jusqu'aux simples prètres, tous, à bien peu d’exceptions près, acceptaient sa dynastie sans arrière-pensée, tous lui croyaient le pouvoir de faire pour eux plus que qui que ce fût au monde. Tout me persuade qu’en adoptant une conduite moins violente, il lui était facile de trouver dans la religion l'allié le plus utile et le plus puissant. Il a prétendu défendre et même exagérer les libertés de l’Église gallicane, et il en a été de cette prétention comme de celle d'accroître, hors de toute mesure, l'étendue de l'empire. Il a fini par n’être plus en état d'assurer à la France ses anciennes frontières, et il nous a livrés presque sans défense à l'esprit ultramontain et aux envahissements

du pouvoir pontifical.

k LA TAXE DU BLÉ. 509

à 33 francs. Il était permis d'ajouter, dans les départements qui s’approvisionnaient hors de ce territoire, à ce prix de 33 francs, le montant des frais de transport fixés par le préfet, sur les instructions du ministre du commerce, et en prenant en considération l'éloignement des lieux et les légitimes bénéfices du commerce,

Napoléon partait pour se mettre à la tête de son armée. Ce fut donc une sorte d’adieu qu'il jugea à propos de faire à la portion la plus nécessiteuse de ses sujets. Il espérait s’assurer ainsi leur tranquillité pendant son absence.

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