‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 2)Chapitre 6 sur 30 · L'ÉDUCATION SOUS L'ANCIEN RÉGIME · texte numérisé non relu

L'ÉDUCATION SOUS L'ANCIEN RÉGIME

les lettres. L’élite de la société parisienne se pressait pour entendre leurs leçons; elle en retirait, outre le fonds d’instruction personnelle, les éléments de conversation. On se ferait aujourd’hui difficilement une idée de ce mouvement intellectuel.

Jusqu’en 1788, la politique y tenait une très petite place, mais les ouvrages nouveaux, les pièces de théâtre, les livres les plus sérieux comme les plus légers y passaient continuellement en revue. Ils y étaient l’objet de jugements, de controverses, dans lesquels des esprits très exercés déployaient toutes leurs ressources. Il me semble être encore au jour où parut le Voyage du jeune Anacharsis il défraya à lui seul les causeries de tout un hiver et il eût été difficile, en effet, de lui fournir une plus agréable matière.

Pour moi, la seconde éducation du monde dont j'ai dit Ja puissance commença dès l'instant où je fus rentré dans la maison paternelle. Là il n’y avait pas de jour où, soit pendant, soit après le diner, quelque conversation ne s’engageât entre mon père et quelques-uns de ses amis ou de ses collègues, sur les affaires qui s'étaient, le matin, agitées dans le Palais, soit aux audiences, soit dans l'intérieur de la grand’chambre. Dans ces causeries, le pour et le contre élaient débattus, le mérite des avocats, celui des rapporteurs et des opinions étaient appréciés.

L'impression de ces instructions était vive sur un esprit qui n'était pas incapable d’en sentir le prix et qui avait un vif désir d’être un jour en état d'y prendre part.

Une fois entré dans le Parlement, avant d’avoir voix délibérative, il était fort instructif d'assister, pendant cinq années, à toutes les discussions; ce noviciat complétait cette seconde éducation dont je m’efforce de montrer la valeur.

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