‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 3)Chapitre 10 sur 229 · PREMIERS TRAVAUX DE LA CHAMBRE · texte numérisé non relu

PREMIERS TRAVAUX DE LA CHAMBRE

« vice ordinaire du Conseil d'Ëtat. Vous savez combien il « a de capacités, de lumières, de connaissances, à quel point a il est homme d'honneur. D'après ce que j'entends dire, « on va éliminer du Conseil une grande partie des meil- « leurs travailleurs, des plus capables ; je sais qu'en effet « on a beaucoup d'objections à faire contre plusieurs d'entre « eux; mais, contre celui-là, il ne peut y en avoir aucune. « On n'a rien à lui imputer dans tout le cours de la Revoie lution, à laquelle il a été complètement étranger, et il a pourrait être d'une grande utilité dans la pénurie où on « va se trouver de talents éprouvés. » M. de Sémonville saisit mon idée et me promit de ne rien négliger pour la faire valoir. Il y mit en effet beaucoup de zèle, et ce fut ainsi que M. Corvetto demeura conseiller d'État en service ordinaire. On a été bien heureux de le trouver en 1815.

Ce fut le 5 juillet que le premier projet de loi fut présenté à la Chambre des députés. Il était temps de l'occuper et d'écarter ainsi les nombreuses propositions qui commençaient à se produire. Il était difficile, en effet, que la liberté et la publicité des discussions que la Charte avait rendues à cette Chambre n'entraînassent pas, surtout dans les premiers moments, une action un peu désordonnée. Les hommes passent difficilement, sans tomber dans quelque excès, du régime d'une contrainte absolue aux jouissances d'une liberté pleine et entière. La Chambre était à peine constituée, et déjà on voyait apparaître des propositions sur rinégale répartition des contributions, sur les abus de la presse, sur la forme du gouvernement, sur la liste civile, sur l'observation des fêtes et dimanches. Une adresse au Roi était projetée pour le supplier de faire connaître la situation vraie du royaume dans ses points les plus importants et les plus délicats. Des indemnités étaient réclamées par les départements qui avaient le plus ressenti les maux de la guerre. On voulait qu'il fût rendu compte des impositions illégalement établies.

Ces idées étaient toutes mises en avant, à fort bonne intention sans doute, mais sans tenir nul compte de la situation du gouvernement et de l'impossibilité où il serait de satisfaire à la fois à tant d'exigences. Il est juste de dire cependant que, prise en masse, il eût été difficile de rencontrer une assemblée plus sage, mieux disposée et animée d'un meilleur esprit. Les talents éclatants ne s'y trouvaient pas en grand nombre, cela était simple, le rôle qu'elle avait à jouer sous l'Empire ne devant guère les y appeler ; mais les lumières n'y manquaient pas. Les rapports ainsi que les discussions qui en sont sortis dans le cours de cette session l'attestent suffisamment. Elle avait de plus l'avantage d'être bien présidée, par un homme qui lui inspirait confiance. Entre tous les candidats qui avaient été présentés pour cette présidence, le Roi avait fait choix de M. Laine; cette distinction lui était due, comme rapporteur de la commission qui avait si vivement encouru l'animadversion de Napoléon, et comme ayant pris une grande part au mouvement de la ville de Bordeaux en faveur du duc d'Angoulême. De cette époque a commencé, avec le développement de son beau talent, la partie brillante de sa carrière.

Il était alors d'usage que le président, à la fin de chaque discussion, en fît un résumé; cela a beaucoup contribué à l'influence dont M. Laine a joui tant qu'a duré sa présidence. Cette coutume a presque disparu avec lui.

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