‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 3)Chapitre 102 sur 229 · CONVOCATION DES COLLÈGES ÉLECTORAUX · texte numérisé non relu

CONVOCATION DES COLLÈGES ÉLECTORAUX

inquiétantes; elles ressortaient surtout de Tomission d'un article abolissant les confiscations, et cela mal^é l'exemple qui en avait été donné par l'auteur de la Charte- On ne tarda pas à savoir que cette omission avait été vivement combattue dans le conseil et que Napoléon y avait persisté avec l'obstination la plus significative; il avait donc des arrière-pensées trop faciles à deviner. Dans le dernier article, on remarquait la prétention de faire déclarer par le peuple français qu'il n'avait jamais entendu ni n'entendait donner le droit, même en cas d'extinction de la dynastie impériale, de proposer le rétablissement des Bourbons ou d'aucun prince de cette famille sur le trône de France. Comment ne pas comprendre que celui qui osait mettre en avant une telle prétention était résolu à aller aux dernières extrémités, et userait de tous les moyens pour se maintenir?

Le simulacre d'acceptation qui devait sanctionner le rétablissement du gouvernement impérial ne devait tromper personne; c'était le plus commode de tous les procédés pour éviter une discussion sérieuse. A l'aide de cette consultation et de l'assemblée du Champ de mai, l'Empereur se flattait d'échapper à la nécessité de réunir avant son entrée en campagne la Chambre des représentants. Il ne lui convenait certainement pas de laisser derrière lui une assemblée qu'il ne serait plus à portée de diriger. Mais il n'y eut pas moyen d'éluder cette difficulté ; ses vues furent pénétrées, et l'évidence des mécontentements dont il était entouré le força, dès le 30 avril, à rendre le décret pour la convocation des collèges électoraux. On peut voir dans l'ouvrage de M. Benjamin Constant sur les Cent-jours toute la joie qu'il ressentit lorsque Napoléon fut ainsi forcé dans son dernier retranchement. Rien ne pouvait le gêner plus sensiblement pour l'exécution de ses projets ultérieurs. Quelle que fût, en effet, la composition de la Chambre des représentants, il était impossible qu'elle lui convînt entiè-

rement; ses ennemis de toule nature avaient beau jeu pour s'y introduire, et, n'osant employer ni la menace ni la violence, il n'avait aucun moyen efficace de leur barrer le chemin. On peut ajouter que, sans le faux système adopté par le parti royaliste depuis le commencement de la Révolution, et qui consistait à s'abstenir des fonctions publiques toutes les fois que le gouvernement était constitué contre ses principes, il lui aurait été très facile d'arriver en force dans cette Chambre. Quelle différence dans les résultats, quand le moment décisif est venu! Mais en ces matières, les hommes les plus éclairés sont obligés d'obéir aux sentiments du grand nombre, sous peine d'encourir une défaveur dont il est ensuite fort difficile de se relever. Malgré mon exil, beaucoup d'électeurs influents de Paris étaient venus me dire que, si je voulais paraître dans l'assemblée électorale, ma nomination était assurée. Je me consultai avec quelques amis et je refusai.

Il me fallut en même temps résister à une fort bizarre réquisition, à laquelle j'étais loin de m'attendre. Mon étonnement fut grand de recevoir un beau matin un avertissement de je ne sais quel capitaine de fédérés, qui me prévenait que j'étais porté sur ses contrôles, et qui me signifiait d'avoir à me trouver le lendemain dans la plaine Saint- Denis pour être encadré et commencer mes exercices. L'occasion me fut heureuse pour voir jusqu'à quel point peut aller la platitude humaine. Le maire de mon quartier était un sieur Lecordier, agent de change, que j'avais connu exerçant les mêmes fonctions lorsque j'étais préfet de police. Voulant éviter le désagrément de voir un jour mon domicile envahi par quelques fusiliers si, sans plus de formalité, je m'abstenais de paraître au lieu indiqué, je me rendis chez M. Lecordier. lime reçut avec les manières les plus désobligeantes, m'assura qu'il n'y pouvait rien et que je devais marcher, puisque j'étais porté sur la liste. « Quoi! monsieur, lui répondis-je, à près de cinquante ans, ancien

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