‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 3)Chapitre 105 sur 229 · COMPOSITION DE LA CHAMBRE DES PAIRS · texte numérisé non relu

COMPOSITION DE LA CHAMBRE DES PAIRS

département de Tlsère. Comme il se trouva, d'après TActe additionnel, membre-né de la Chambre des pairs, il fut obligé de renoncer au bénéfice de cette nomination.

Comment l'Empereur allait-il composer sa Chambre des pairs? De quel esprit allait se montrer animée la Chambre des représentants? Napoléon ne pouvait conserver la plus grande partie des membres de l'ancien Sénat, dont la conduite avait été si hostile envers lui; il devait ensuite y faire entrer la meilleure partie des illustrations de son règne, et il ne pouvait s'empêcher d'y appeler quelques noms de l'ancien régime : ceux qu'il sentait le besoin de récompenser et ceux qu'il craignait trop pour les mécontenter. En rendant la pairie héréditaire, il avait voulu la constituer plus fortement que celle de Louis XVIII, et avait satisfait ainsi beaucoup de ses serviteurs; mais aussi, en laissant de cette manière moins d'espérances, moins de portes ouvertes dans l'avenir aux prétendants, il dut nécessairement accroître leur irritation. D'un autre côté, plusieurs de ceux qu'il avait désignés refusèrent, M. d'Aligre entre autres, dont je reçus à cet égard les confidences. Quelquesuns, n'osant pas articuler leur refus, évitèrent de siéger; c'est le parti que prit M. Mole, qui eut soin de se trouver aux eaux de Plombières dans le moment où se firent les nominations. Il entreprit, à cette époque, de concilier ensemble deux manières d'être absolument disparates : il n'avait pas voulu être ministre, il évita de siéger à la Chambre des pairs, et il était cependant un des plus assidus à rendre ses devoirs au palais de l'Elysée ; il s'y rendait presque tous les soirs et s'efforçait de saisir toutes les occasions d'approcher l'Empereur et d'entrer avec lui en conversation. Il était si bien rentré dans son intimité que Napoléon, au grand étonnement de tout ce qui l'entourait, le choisit pour l'accompagner dans la seule visite qu'il ait faite, avant son départ pour l'armée, à la Malmaison. Ce lieu devait lui rappeler de bien émouvants souvenirs, celui sur-

tout de Joséphine, objet de ses premières et de ses plus chères affections, et dont il ne s'était séparé que pour courir les chances d'une nouvelle et si malheureuse fortune. On m'a assuré qu'il avait ce jour-là voulu demeurer seul dans la chambre où elle était morte. La reine Hortense était de ce voyage avec M. Mole. Je tiens ces détails de M. MoUien, qui accompagnait la reine.

Par une singularité fort bizarre, il se trouva que la Chambre des pairs fut convoquée avant que la liste des pairs fût connue; cette liste ne fut publiée que le 6. La signature impériale portait la date du 2; une telle irrégularité devait amener et amena de vives réclamations dans la Chambre des représentants, assez mal disposée pour une assemblée jouissant de privilèges supérieurs aux siens. Son premier acte, le choix de son président, fut presque un acte d'hostilité : M. de Lanjuinais était connu pour son indépendance, aussi bien que pour ses opinions républicaines. Sa nomination, aux termes de l'Acte additionnel, devait être confirmée par l'Empereur, et on eut beaucoup de peine à obtenir de Napoléon cet acte de condescendance. La nuit du 4 au 5 fut employée en démarches pour obtenir de M. de Lanjuinais qu'il voulût bien se démettre ; il s'y refusa nettement, et le lendemain 6 une scène eut lieu dès l'ouverture do la séance, lorsque le doyen d'âge déclara que le procès-verbal de l'élection du président avait été communiqué à l'Empereur, que Sa Majesté avait répondu qu'elle ferait connaître ses intentions à la Chambre par un chambellan. Ce mode de communication révolta tous les esprits; on soutint que la Chambre ne pouvait admettre d'intermédiaire entre elle et l'Empereur que les ministres. M. Regnaud de Saint-Jean d'Angély, voyant l'émotion de la Chambre, courut au palais et fit sentir à Napoléon la nécessité de donner son approbation. Il la rapporta, et la Chambre consentit à la recevoir de lui en sa qualité de ministre d'État.

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