OUVERTURE DE LA SESSION
Le lendemain, une discussion beaucoup plus grave encore eut lieu sur le serment que devait prêter chacun des membres de la Chambre. M. Dupin, avocat, et M. Roy, celui qui a été depuis ministre des finances, soutinrent que la forme de ce serment devait être réglée de nouveau par une loi, que Tancien serment d'obéissance aux institutions de TEmpire et de fidélité à l'Empereur n'était plus admissible, et qu'il fallait prendre garde qu'on n'en voulût induire que l'Acte additionnel et les constitutions qu'il rappelait étaient en quelque sorte immuables; qu'on renonçait au droit de réclamer les changements qu'il pourrait être juste et raisonnable d'y introduire. Ils ne l'emportèrent pas; leur opinion fut combattue et repoussée, par la raison que le serment demandé était prescrit par une loi non abrogée. Il fut convenu que le serment ne pouvait préjudicier au droit de provoquer suivant les formes constitutionnelles tous les changements qui seraient jugés nécessaires tant dans les constitutions de l'Empire que dans l'Acte additionnel. Il était impossible de manifester plus clairement, outre une certaine répugnance à prêter serment, des méfiances dont Napoléon ne pouvait manquer d'être blessé.
L'ouverture do la session eut heu le 7 juin, suivant les formes et avec l'appareil accoutumés. L'Empereur prononça un discours remarquable surtout par la diflférence entre le ton qui y régnait et celui auquel on avait été depuis si longtemps accoutumé. C'était l'affirmation la plus solennelle de ses intentions et de ses sentiments constitutionnels. Il s'excusait sur les circonstances et sur la confiance du peuple de la nécessité dans laquelle il s'était trouvé d'exercer pendant trois mois un pouvoir sans contrôle. Averti par la discussion qui avait eu lieu au sujet du serment, il reconnaissait la nécessité de réunir dans un seul cadre les constitutions éparses et de les coordonner. « Ce travail, dit-il, recommandera l'époque actuelle aux
« générations futures. J'ambitionne de voir la France jouir « de toute la liberté possible; je dis possible, parce que « l'anarchie ramène toujours au gouvernement absolu. » Puis après avoir parlé succinctement de la redoutable coalition de rois qui menaçait l'indépendance de la France, des hostilités qui avaient déjà eu lieu sur les mers, des divisions intestines sur lesquelles les ennemis fondaient une partie de leurs espérances, il ajouta que ses ministres feraient successivement connaître la situation des affaires, que le ministre des finances appellerait spécialement l'attention de la Chambre sur les moyens de rendre réalisables le plus promptement possible toutes les recettes comprises dans le budget. Enfin il termina par ces mots : « Il est possible que « le premier devoir du prince m'appelle bientôt à la tête « des enfants de la nation pour combattre pour la patrie. « L'armée et moi nous ferons notre devoir. Vous, pairs « et représentants, donnez à la nation l'exemple de la « confiance, de l'énergie et du patriotisme, et comme le « Sénat du grand peuple de l'antiquité, soyez décidés à « mourir plutôt que de survivre au déshonneur et à la « dégradation de la France. La cause sainte de la patrie « triomphera! »
On discuta dans les deux Chambres la rédaction des adresses en réponse à ce discours. Dans la Chambre des représentants, M. Félix Le Peletier, dont le nom et la présence rappelaient les plus pénibles souvenirs, proposa do décerner à l'Empereur le titre de sauveur de la patrie. M. Dupin fit écarter cette proposition : « J'espère, dit-il, que la Chambre saura se garantir des inconvénients de cette adulation qui n'a que trop égaré les précédentes assemblées législatives. Le peuple ne nous a pas envoyés pour flatter l'Empereur, mais pour l'aider de nos conseils et d'une coopération légitime. Si nous prévenons les événements, quels moyens réserverons-nous à notre reconnaissance pour le moment où la patrie sera sauvée? » — Puis