LES ADRESSES
revint une proposition déjà faite, que tous les membres de la Chambre qui étaient revêtus d'un titre nobiliaire s'abstinssent de le porter dans l'intérieur de la Chambre. Cette pensée toute démocratique n'eut point de succès. Enfin un sieur Jouve, du département de la Drôme, avait fait parvenir sa plainte contre un ordre émané d'un commissaire extraordinaire de l'Empereur et en vertu duquel il était depuis le 12 mai détenu dans la prison de Valence. La Chambre chargea son président de porter cette plainte à l'Empereur, et dès le lendemain M. Regnaud s'empressa d'annoncer à la Chambre que l'Empereur avait ordonné de remettre le sieur Jouve en liberté, même de le rendre à ses fonctions de receveur des domaines, s'il n'y avait pas de raison particulière qui s'y opposât.
Le 11, les deux adresses furent présentées à Napoléon par les députations des deux Chambres. On pouvait remarquer dans celle de la Chambre des pairs l'affectation à insister sur « le principe que tout pouvoir vient du peuple, est institué par le peuple ». Puis, une déclaration formelle que si le succès répondait à la justice de la cause pour laquelle on allait combattre, si les espérances qu'on était accoutumé à concevoir du génie de Napoléon et de la bravoure des armées n'étaient pas trompées, la France n'en voulait d'autre prix que la paix. Ses institutions devaient garantir à l'Europe que jamais le gouvernement français ne pourrait être désormais entraîné par la séduction des conquêtes. L'Empereur répondit : « La lutte dans « laquelle nous sommes engagés est sérieuse. L'entraî- « nement de la prospérité n'est pas le danger qui nous « menace aujourd'hui. C'est sous les Fourches Caudines « que les étrangers veulent nous faire passer!... C'est « dans les temps difficiles que les grandes nations, comme « les grands hommes, déploient toute l'énergie de leur « caractère et deviennent un objet d'admiration pour la « postérité. »
L'adresse de la Chambre des représentants, plus longue que celle de la Chambre des pairs, roulait sur le même fond d'idées. On n'avait pas manqué d'y rappeler que Sa Majesté avait déclaré que le soin de réunir les constitutions éparses et de les coordonner était une des plus importantes occupations réservées à la législature. On ne pouvait plus clairement annoncer une revision de l'Acte additionnel : « Tandis que Votre Majesté, opposant à la plus injuste (( agression la valeur des armées nationales et la force de a son génie, ne cherchera dans la victoire qu'un moyen « d'arriver à une paix durable, la Chambre des représen- « tants croira marcher vers le même but en travaillant « sans relâche au pacte dont le perfectionnement doit « cimenter encore l'union du peuple et du trône, et forti- « fier au yeux de l'Europe, par l'amélioration de nos insti- « tutions, la garantie de nos engagements. »
L'Empereur répondit que sa pensée était absorbée par la guerre menaçante au succès de laquelle étaient attachés l'indépendance et l'honneur de la France. « Je partirai, « ajouta-t-il, cette nuit, pour me rendre à la tête de mes « armées. Les mouvements des différents corps ennemis a y rendent ma présence indispensable. Pendant mon a absence, je verrai avec plaisir qu'une commission nomic mée par chaque Chambre méditât sur nos constitua tions. »
Cette phrase disait assez clairement que, s'il admettait les méditations, il ne voulait pas encore de délibérations. « Toute discussion publique sur la Constitution, qui « tendrait, disait-il, à diminuer directement ou indirecte- « ment la confiance qu'on doit avoir dans ses dispositions, « serait un malheur pour l'État; nous nous trouverions au (c milieu des écueils sans boussole et sans direction. La a crise où nous sommes engagés est forte. N'imitons pas « l'exemple du Bas-Empire, qui, pressé de tous les côtés par « les Barbares, se rendit la risée de la postérité en s'occu-