DÉPART DE NAPOLÉON POUR L'ARMÉE
« pant de discussions abstraites au moment où le bélier <f brisait les portes de la ville. Dans toutes les affaires, <f ma marche sera toujours droite et ferme... Aidez-moi a à sauver la patrie . Premier représentant du peuple , « j'ai contracté l'obligation que je renouvelle d'employer, <K dans des temps plus tranquilles, toutes les prérogatives « de la couronne et le peu d'expérience que j'ai acquis « à vous seconder dans l'amélioration de nos institu- <( tions. »
Telles sont les dernières paroles de la vie publique de Napoléon. Il partit dans la nuit du 11 au 12 juin, et alla commencer cette campagne de six jours où sa destinée devait, en s'accomplissant, fixer celle de la France et de l'Europe. Il y a, je crois, peu de témérité à affirmer que l'essai qu'il avait déjà fait du nouveau gouvernement représentatif lui avait causé peu de satisfaction, qu'il n'en avait supporté les ennuis que dans la pensée que si la victoire revenait à ses drapeaux, elle lui rendrait le moyen de secouer des prétentions dont un caractère comme le sien ne pouvait s'accommoder longtemps (1). Il n'avait pas de temps à perdre, il lui fallait, sous peine d'être incessamment écrasé par le nombre, se hâter de porter quelque grand coup, avant que ses ennemis fussent entièrement réunis.
Le congrès de Vienne avait terminé ses opérations. L'acte final dans lequel étaient contenues toutes les conventions stipulées dans l'espace de huit mois, avait été
(1) M. de Grouchy, dans un ouvrage qu'il a publié pendant son séjour en Amérique, pour justifier sa conduite à la bataille de Waterloo, rapporte une conversation fort curieuse qu'il eut avec l'Empereur à l'issue, je crois, de la bataille de Ligny. Napoléon, dans l'ivresse de ce premier succès, ne lui dissimula pas que s'il réussissait, ainsi qu'il s'en flattait, à écraser sous deux jours les Anglais, comme il venait d'écraser les Prussiens, son projet était de retourner sur-le-champ à Paris, d'y ressaisir en victorieux la puissance impériale et de secouer les misérables entraves dont on s'était, depuis son retour, efforcé de le garrotter.
signé le 9 juin, et les souverains s'étaient mis d'accord sur leurs intérêts les plus importants. Ainsi avaient été écartées les difficultés qui auraient été de nature à troubler leur bonne intelligence. Ils n'avaient plus à s'occuper que du soin d'accomplir la nouvelle entreprise pour laquelle ils venaient de se liguer. Tous les plans en étaient arrêtés et concertés. Ne voulant dès lors rien négliger pour assurer le succès de la campagne, ils résolurent de se rapprocher le plus possible du théâtre des grandes opérations. Les ordres qu'ils avaient donnés, dès qu'ils avaient connu le premier succès de Napoléon dans l'intérieur de la France, avaient été exécutés avec une incroyable diligence. Les colonnes russes et autrichiennes, malgré les distances qu'elles avaient à franchir pour arriver sur les frontières de France, n'en étaient plus qu'à quelques journées de marche. Les Anglais et les Prussiens partant de points beaucoup plus rapprochés étaient arrivés les premiers; ils occupaient en Belgique les positions qui leur étaient assignées, et devaient prendre l'offensive aussitôt qu'ils se sentiraient appuyés sur leur gauche par les corps alliés. C'était donc sur les armées anglaises et prussiennes que Napoléon avait l'intention de marcher. C'était en les écrasant qu'il se flattait d'ouvrir la campagne, de manière à jeter la terreur dans les rangs de la coalition.
La folle tentative de Murât en Italie avait avorté ; une convention avait remis le royaume de Naples entre les mains de l'Autriche et de l'Angleterre. Murât avait été réduit à venir chercher un asile en France. Il avait en vain sollicité l'honneur de combattre encore une fois sous les yeux de Napoléon. Sa trahison de la précédente année et sa défaite si récente ne le rendaient pas un auxiliaire fort désirable; il eût été difficile d'ailleurs de l'admettre dans les rangs de l'armée française, encore plus, de le replacer de nouveau à la tête de la cavalerie. Il lui fut donc signifié d'avoir à se tenir en province. Je suis autorisé à croire