L£ CONSEIL DE GUERRE DE GHÂRLEROY
Cet officier général était bien en état d'exécuter brillamment sur un champ de bataille les ordres qu'il recevrait d'un général en chef, mais il n'avait pas la capacité suffisante pour diriger lui-même des mouvements décisifs ; or, on allait se trouver dans une situation où les moindres fautes seraient irréparables. Frappé de ces observations, prononcées du ton le plus ferme. Napoléon, suivant sa coutume, se promena pendant quelques instants sans rien répondre, puis : « Vous avez raison, monsieur, le maré- « chai Grouchy n'est pas bien fort; mais que voulez-vous? « je viens de lui donner le bâton, je ne peux pas lui refuser (c un commandement. J'ai mis d'ailleurs à côté de lui les « deux meilleurs lieutenants généraux de l'armée, ils le « dirigeront, et de plus j'aurai toujours l'œil sur lui. — «Maintenant, Sire, notre responsabilité est à couvert », dit Soult en se retirant.
On sait l'histoire de la bataille de Waterloo, les fautes imputées au maréchal Grouchy, la manière dont il s'en est défendu et comment il les a rejetées sur l'Empereur luimême. Quoi qu'il en puisse être, soit que les ordres qui lui ont été donnés n'aient pas été assez clairement expliqués, soit qu'il les ait mal compris, soit qu'il n'ait manqué que de la perspicacité et de la présence d'esprit nécessaires pour les modifier suivant les indications du moment, toujours est-il certain que le résultat fut désastreux. Si Napoléon a voulu payer, par cette condescendance, les mauvais procédés du maréchal à Pont-Saint-Esprit, il en a été cruellement puni.
Le mercredi 21, à neuf heures du soir, un des habitants du château reçut un billet de M. Saulty, receveur général du département. Il habitait à une petite distance le château de Basville; son billet était écrit au moment où venait de lui arriver, d'une manière très positive, la nouvelle que l'Empereur avait perdu une bataille décisive, que la garde impériale était détruite, que l'armée était dans une entière
déroute, qu'il n'y avait plus eiiGn de ressource pour Napoléon, que tout était fini. Mon premier mouvement, comme celui de M. Mole et de M. de Barante, fut de retourner le plus tôt possible à Paris. Nous nous jetâmes donc tous les trois dans une petite calèche de voyage qui m'appartenait, on nous prêta des chevaux pour gagner la première poste ; au point du jour, nous étions à la barrière de Paris.