‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 3)Chapitre 112 sur 229 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Retour de Napoléon à Paris. — Il cherche à se procurer de nouvelles ressources. — Les ministres l'engagent à s'adresser aux Chambres. M. Regnaud prononce déjà le mot d'abdication. — Résolution prise par la Chambre des représentants, sur la proposition de La Fayette; elle s'empare du gouyernement. — Des commissions sont nommées et se réunissent aussitôt. — Abdication de l'Empereur. — M. Fouché se trouve surpris dans ses négociations avec les Bourbons par le rapide dénouement de Waterloo. — M. Gaillard, qu'il avait envoyé à G and, n'était pas encore arrivé dans cette ville. — Le parti royaliste n'a pas eu le temps de s'organiser dans la Chambre, et M. de La Fayette s'est mis À la tète du mouvement libéral. — M. Dupin propose l'établissement d'un gouvernement provisoire. — MM. Carnot, Fouché et le général Grenier sont nommés par la Chambre des représentants, le duc de Vicence et M. Quinette, par la Chambre des pairs, membres de la commission de gouvernement. — Le maréchal Ney fait à la Chambre des pairs un tableau lamentable de notre situation militaire. — Napoléon insiste sur ce fait qu'il n'a abdiqué qu'en faveur de son fils. — Vif débat entre le prince Lucien et M. de Pontécoulant, à la Chambre haute. — Par son emportement M. de La Bédoyère compromet la cause qu'il voulait servir. — Satisfaction de M. Fouché après l'abdication; il se porte garant du retour des Bourbons, ne demande que du temps et déploie tous ses efforts pour empêcher la reconnaissance des droits de Napoléon IL

La nouvelle du désastre de Waterloo avait provoqué dans Paris un grand mouvement. Je me souviens de l'inquiète curiosité avec laquelle on approchait des Invalides; nous regardions si le drapeau tricolore y flottait encore. Mme Pasquier m'avait envoyé un messager qui s'était croisé avec moi. Elle m'apprit que l'Empereur, trompant toutes les conjectures, était arrivé dès la veille à Paris, fort peu d'heures après la nouvelle de sa défaite. Que venait-il faire? comment avait-il pu aban*

donner son armée en présence d'un ennemi victorieux, livrant ainsi l'entrée de la France et se reposant sur ses lieutenants du soin de rassembler des débris auxquels sa présence seule aurait pu rendre un peu d'énergie? Je me perdais en conjectures ; voici ce que j'appris bientôt.

A peine arrivé à TÉlysée, il n'avait pas hésité à manifester l'intention de se faire donner par le pays de nouveaux moyens de défense, bravant ainsi le découragement des uns, l'indignation des autres. Au bout de quelques heures, ses ministres étaient réunis autour de lui et tenaient conseil. Il leur avait exposé, en présence de ses frères Joseph et Lucien, ses revers dans toute leur navrante réalité; puis il avait fait l'énumération des secours dont il avait besoin, des ressources sur lesquelles il croyait pouvoir compter; mais pour obtenir ces secours, pour trouver ces ressources, il y avait à choisir entre plusieurs manières d'agir fort différentes.

S'adresserait-il aux Chambres, pouvait-il se flatter d'obtenir leur assistance et leur concours? Dans le doute, ne valait-il pas mieux s'emparer de la dictature et mettre la France en état de siège, en appelant à lui tous les patriotes, tous les bons Français? Il paraît que ce dernier avis fut celui de son frère Lucien, qui le soutint avec chaleur, et que M. Carnot s'y rangea pareillement. M. Foucho conseilla de s'adresser aux Chambres. Le duc de Vicence articula nettement que la seule voie de salut était dans l'union la plus franche et la plus sincère de la nation avec son chef, mais qu'il était difficile de l'espérer et que, dans tous les cas, on ne pouvait obtenir ce grand résultat que par l'intermédiaire des Chambres. M. Decrès déclara que les députés étaient, à sa connaissance, fort malintentionnés. M. Regnaud ne dissimula pas qu'on devait s'attendre à les trouver fort disposés à demander le plus grand des sacrifices; et, sur une interpellation qui lui fut faite par TEmpe-

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