LA CHAMBRE S'EMPARE DU POUVOIR
reur de s'expliquer plus clairement, il osa prononcer le mot d'abdication.
Napoléon inclinait vers un commencement de négociation avec les Chambres, sauf à s'en passer ensuite, si elles se montraient hostiles. Rien n'était décidé, quand la conférence se trouva interrompue par les nouvelles de ce qui se passait dans le parlement. Les délibérations dans l'une et l'autre Chambre, mais surtout dans celle des représentants, avaient pris le cours le plus opposé aux désirs et aux espérances de l'Empereur.
Dès la nouvelle de son retour et des événements qui l'avaient précipité, la Chambre des représentants, sur la proposition de M. de La Fayette, avait adopté une résolution en quatre articles ainsi conçus :
« La Chambre déclare que l'indépendance de la nation « est menacée. Elle se déclare en permanence. Toute ten- « tative pour la dissoudre est un crime de haute trahison. « Quiconque se rendrait coupable de cette tentative, sera « traître à sa patrie, et sur-le-champ, jugé comme tel. « L'armée de ligne et les gardes nationales qui ont com- « battu et qui combattent encore pour défendre la liberté, « l'indépendance et le territoire de la France ont bien « mérité de la Patrie. Les ministres de la guerre, des rela- « tions extérieures, delà police et de l'intérieur sont invités « à se rendre sur-le-champ dans le sein de l'Assemblée. »
On ne pouvait plus nettement s'emparer du gouvernement, et si Napoléon avait pu douter un instant de l'intention formelle de le mettre de côté, il en aurait eu pour preuve, outre le silence absolu gardé sur sa personne dans cette pièce mémorable, le peu de phrases prononcées par celui qui l'avait provoquée.
« Des bruits sinistres s'étaient répandus, dit M. de La a Fayette; ils sont malheureusement confirmés. Voici le « moment de nous rallier autour du vieil étendard tricolore, « celui de 1789, celui de la liberté, de l'égalité et de l'ordre
« public. C'est celui-là seul que nous avons à défendre « contre les prétentions étrangères et contre les tentatives « intérieures. »
On retrouve dans ces mots M. de La Fayette tout entier; fidèle à sa thèse favorite, aux théories de 1789, il a la simplicité de regarder un si grand désastre et l'approche d'une armée coalisée de six à sept cent mille hommes comme une heureuse occasion de fonder la liberté, telle qu'il l'entend, et n'hésite pas, pour accomplir cette belle œuvre, à sup primer la maison de Bourbon, tout aussi bien que Napoléon. Le coup qu'il porte à ce dernier n'en est pas moins terrible. La Chambre des représentants avait décidé que sa résolu tion serait immédiatement communiquée à la Chambre des pairs, qui n'hésita pas à en prendre une semblable. Elle retrancha seulement le premier article qui mandait les ministres.
Napoléon fut d'abord très blessé de l'audacieuse prétention de la Chambre des représentants. Son premier mouvement fut de défendre à ses ministres d'obéir à une invitation qui ressemblait beaucoup trop à un ordre; mais après un peu de réflexion, il prit le parti de les envoyer luimême, en plaçant à leur tète le prince Lucien et en les chargeant d'un message. Ce message contenait un exposé rapide des revers éprouvés à Mont-Saint-Jean. Il recommandait aux représentants de s'unir avec le chef de l'État pour préserver la patrie du malheur de retomber sous le joug de la maison de Bourbon, ou de devenir, comme les Polonais, la proie de l'étranger; il annonçait enfin qu'il paraissait nécessaire que les deux Chambres nommassent une commission de cinq membres pour se concerter avec les ministres sur les mesures de salut public et sur les moyens de traiter de la paix avec les coalisés. Après d'assez vifs débats dans le comité secret, où la nécessité de l'abdication de l'Empereur fut clairement indiquée par M. Lacoste, par MM. de La Fayette, Manuel et Dupin, l'avis de former