SECONDE ABDICATION DE NAPOLÉON
des dispositions dans le public, dans les Chambres; de moment en moment, leurs rapports devenaient plus alarmants.
La reine Hortense et Madame Mère, assistées du cardinal Fesch, passèrent plusieurs heures auprès de Napoléon. Elles se préoccupaient avant tout de sa sécurité; elles le suppliaient de Tassurer. Joseph, tant que dura la crise, ne quitta pas le palais; c'est au milieu de toutes ces angoisses qu'on vit arriver de Londres la fille de Lucien.
Parmi les militaires, le maréchal Davout et le général Solignac furent ceux qui parlèrent avec le plus de franchise; aucun ne contribua autant qu'eux à convaincre l'Empereur qu'il n'avait plus de secours à attendre, môme de ses plus dévoués partisans. De nombreux messagers arrivaient de la Chambre des représentants. C'étaient MM. Regnaud, Boulay, Defermon, Durbach, Sébastiani, Vertillac.
Enfin la nécessité parut évidente. Cédant aux instances de M. Regnaud, l'Empereur donna son consentement. Toutefois, il essaya encore de gagner un peu de temps en demandant qu'on voulût bien au moins lui laisser quelques moments de réflexion sur la meilleure manière d'accomplir ce sacrifice dans l'intérêt de la France et de son fils.
M. Regnaud, convaincu que, malgré cette réserve, il avait tout gagné au fond, ne perdit pas une minute pour apporter cette nouvelle à la Chambre. Le général Solignac proposa d'envoyer à l'instant une députation chargée d'exprimer à l'Empereur l'urgence d'une décision. M. de La Fayette s'écria que si Napoléon ne se décidait pas, il proposerait la déchéance. On consentit à attendre une heure; la séance fut suspendue; puis le général Solignac, accompagné de quelques autres députés, se rendit à Tftlysée ; son langage fut celui d'un homme qui fait une véritable sommation. Lucien, qui jusqu'alors avait été le plus
ferme dans les idées de résistance, se joignit à lui, ainsi que Joseph et tous les ministres. Cette réunion d'efforts triompha des dernières hésitations de Napoléon. Il se décida enfin à signer la pièce suivante, qui fut portée à la Chambre des pairs par M. Carnot, à celle des représen tants par M. Fouché :
« Français, en commençant la guerre pour soutenir Tina dépendance nationale, je comptais sur la réunion de tous « les efforts, de toutes les volontés et le concours de toutes « les autorités nationales. J'étais fondé à en espérer le « succès, j'avais bravé toutes les déclarations des puisce sances contre moi. Les circonstances me paraissent chan- « gées. Je m'offre en sacrifice à la haine des ennemis de la « France. Puissent-ils être sincères dans leurs déclarations « et n'en avoir réellement voulu qu'à ma personnel Ma vie « politique est terminée, et je proclame mon fils, sous le « titre de Napoléon II, empereur des Français. Les minis- < très actuels formeront provisoirement le conseil de gou- « vernement. L'intérêt que je porte à mon fils m'engage à « inviter les Chambres à organiser sans délai la Régence « par une loi. Unissez-vous tous pour le salut public, et « pour rester une nation indépendante. »
Ainsi, il n'y avait pas plus de trente heures qu'il était rentré à Paris, et déjà il lui fallait déposer la couronne! Ce retour si précipité avait bien, dans les premiers instants, un peu déconcerté les projets de ses ennemis; mais il n'en avait pas moins été une très grande faute. Si Napoléon fût resté à la tête de son armée, on n'aurait peut-être pas osé se prononcer contre lui. Un de ses secrétaires, M. Fleury de Chaboulon, a publié un ouvrage sur les événements de cette époque. S'il faut l'en croire. Napoléon, en effectuant ce retour si précipité, aurait cédé à des conseils qui n'étaient pas d'accord avec ses sentiments personnels ; sa première résolution avait été de réunir entre Laon et Reims tous les débris de son armée, toutes les forces dont