‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 3)Chapitre 118 sur 229 · LA PROPOSITION DUPIN · texte numérisé non relu

LA PROPOSITION DUPIN

rapport où le ministre de la guerre s'était efforcé de présenter les désastres de l'armée du Nord comme moins considérables qu'on ne l'avait d'abord supposé. La déclaration fut lue par le. président, qui eut soin de rappeler que le règlement défendait tout signe d'approbation ou d'improbation.

Après cette lecture, M. Fouché dit que ce n'était pas dans une assemblée composée de Français qu'il croirait convenable de recommander les égards dus à l'empereur Napoléon et de rappeler les sentiments qu'il devait inspirer dans son malheur. Les représentants de la nation n'oublieraient pas sans doute, dans les négociations qui devaient s'ouvrir, de stipuler les intérêts de celui qui , pendant de longues années, avait présidé aux destinées de la patrie. Il proposa la nomination d'une commission de cinq membres qui aurait mission de se rendre auprès des puissances alliées pour traiter des intérêts de la France et soutenir les droits de son indépendance. Il ajouta que cette commission devrait être en état de partir le lendemain.

Cette idée paraissait généralement accueillie, lorsque M. Dupin fit une proposition nouvelle :

« La Chambre des représentants, considérant que le « salut du peuple est la suprême loi, déclare :

<c 1* Au nom du peuple français, la Chambre des repréa sentants accepte l'abdication de Napoléon.

« 2^* La Chambre des représentants se déclare assemblée a nationale. Des députés pailiront de suite pour le quartier « général des alliés pour y stipuler les droits de l'indépen- « dance nationale et particulièrement l'inviolabilité de la « personne de Napoléon.

« 3° Il sera nommé une commission executive de cinq « membres, dont trois nommés par la Chambre des repré- € sentants et deux par la Chambre des pairs.

« 4' Cette commission nommera de suite un généralis- « sime. Les ministres continueront leurs fonctions.

« 5" Une commission spéciale sera chargée de préparer (( le travail de la nouvelle constitution, qui devra garantir « nos institutions nationales. Elle formera les bases du pacte « et des conditions auxquelles le trône pourra être occupé (( par le prince que le peuple aura choisi. »

Ainsi, pas un mot de Napoléon II. Le peuple restait investi du droit de choisir son souverain. M. Dupin développa sa proposition dans un assez long discours.

Après lui, M. Mourgues demanda que le trône fût formellement déclaré vacant, le gouvernement provisoire confié aux ministres actuels qui devaient travailler avec une commission de cinq membres et sous la présidence du président de la Chambre. Le maréchal Macdonald était nommé provisoirement généralissime des armées de terre et de mer; le général La Fayette, général en chef des gardes nationales de France, et le maréchal Oudinot, général en second. Le tumulte fut grand quand M. Mourgues eut terminé la lecture de son projet, et Tordre du jour fut vivement 'demandé.

M. Garreau s'élança à la tribune et voulut y donner lecture de Tart. 67 de l'Acte additionnel. C'était celui qui interdisait de proposer le rétablissement des Bourbons, ou d'un prince de cette famille sur le trône de France. Le président l'interrompit, en lui faisant observer que la Chambre comprenait suffisamment son intention ; que l'article était bien connu.

M. Regnaud prit la parole pour appuyer la demande de l'ordre du jour. Il le fit avec assez d'art, en s'efforçant de démontrer l'inutilité, le danger, l'illégalité des propositions qui étaient faites. Il demanda que la commission chargée de revoir la Constitution commençât immédiatement son travail et qu'un conseil exécutif fût organisé sans délai. Il termina par une péroraison assez touchante, dans laquelle il exposa tout ce que la résolution qui venait d'être prise par Napoléon avait de noble et de généreux. Ce grand

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