LA COMMISSION DE GOUVERNEMENT
homme venait de faire sans réserve, sans condition personnelle, la remise entière de son pouvoir. La Chambre devait donc se faire l'interprète des sentiments qui lui étaient dus et que lui conserverait la nation.
On peut remarquer que, malgré la chaleur de ce discours, le nom de Napoléon II n'y fut pas prononcé une seule fois. Ses conclusions furent ainsi posées :
« Je demande Tordre du jour sur les propositions qui « vous sont faites, je demande que la journée ne se passe « pas sans que le conseil exécutif soit nommé, et je demande « que le bureau soit chargé de se rendre auprès de TEm- « pereur, pour lui exprimer la reconnaissance du peuple « français pour le sacrifice qu'il a jugé nécessaire de faire « à l'indépendance nationale. »
Sa proposition ayant été appuyée, la Chambre adopta une résolution conforme. La Chambre des pairs adopta une résolution semblable. On vota ensuite l'acceptation de l'abdication de l'Empereur, puis on entendit de nouveaux détails donnés par le ministre de la guerre sur la situation militaire; enfin on alla au scrutin pour la nomination de trois membres de la commission de gouvernement qui devaient être choisis par la Chambre, Cette opération ne se termina qu'après la fin du jour. Les choix tombèrent sur M. Carnot, M. Fouché et le général Grenier. M. Carnot eut beaucoup plus de suffrages que ses collègues. A la Chambre des pairs, l'opération du scrutin dura aussi une partie de la nuit, et la majorité des voix se réunit sur le duc de Vicence et sur M. Quinette. Le choix de M. Quinette parut étonnant. Il n'était recommandé par aucun titre particulier; il n'avait marqué dans la Chambre des pairs que par sa qualité de régicide. Ce n'était pas sans doute une circonstance de peu d'importance que cette réunion de trois régicides dans la commission provisoire du gouvernement, composée seulement de cinq membres.
Dans la séance de la Chambre des pairs, deux scènes
avaient produit au dehors une grande sensation. A la suite de la communication donnée par le ministre de Tintérieur, au nom du ministre de la guerre, des pièces qui avaient pour objet de présenter comme moins désastreuses les conséquences de la défaite éprouvée à Mont-Saint-Jean, le maréchal Ney avait demandé la parole. Il était revenu à Paris presque aussi vite que Napoléon. Dans une courte allocution, il n'avait pas hésité à démentir les relations qui venaient d'être lues et de les déclarer entièrement fausses. Suivant lui, l'ennemi, vainqueur sur tous les points, se trouvait déjà à Nivelles avec quatre-vingt mille hommes, et pouvait arriver devant Paris dans Tespace de six à sept jours. On n'avait rien à lui opposer, il avait été impossible de rallier un seul homme de la garde, et le maréchal Grouchy avait été battu de son côté. Il ne restait donc plus de ressources que les propositions qu'on pouvait faire accepter à l'ennemi.
Le maréchal Ney se trompait sur un point important. Grouchy n'avait pas été battu. Ce maréchal était à la fois découragé et exaspéré ; il savait que l'Empereur et ses partisans les plus dévoués lui attribuaient, en grande partie, la perte de la bataille. Le ministre de l'intérieur voulut combattre les assertions du maréchal Ney, mais ce fut en vain; le coup était porté, et il devait retentir fort loin, aucun témoignage ne paraissant plus compétent que celui-là.
La seconde scène fut plus vive encore. J'ai dit que les bureaux des deux Chambres avaient eu mission d'exprimer à Napoléon, au nom de la nation, le respect et la reconnaissance avec lesquels elles acceptaient le noble sacrifice qu'il faisait à l'indépendance et au bonheur du peuple français. Ils ne perdirent pas un moment pour s'acquitter de ce devoir. On peut voir dans la relation publiée par M. Fleury avec quelle froideur Napoléon accueillit ces félicitations, par quelles paroles amères il y répondit. Son dépit, outre la violence qui lui avait été faite, était encore