COMPOSITION DE LA COMMISSION
M. Gourlay ajouta à son déplaisir en lui apprenant que le général Grenier était après lui le candidat qui avait réuni le plus de suffrages, ce qui annonçait clairement qu'il allait passer au second tour de scrutin. Quelque impassible que fût la physionomie de M. Fouché, il ne me fut pas difCcile de voir que ce n'étaient pas les nominations dont il m'avait dit être si sûr quelques heures auparavant. Ses candidats étaient, je crois, le maréchal Macdonald et M. Lambrecht ou M. Flaugergues.
Il fut plus heureux à la Chambre des pairs, où il obtint le duc do Vicence, qu'il voulait certainement, et où M. Quinette fut aussi, je crois, nommé par son influence. C'était un homme sur lequel il avait toujours eu beaucoup d'ascendant. Il ne pouvait lui déplaire d'avoir un collègue régicide comme lui. Malgré la contrariété que causa à M. Fouché la nomination de M. Carnot, on voit que la majorité allait encore lui appartenir dans la commission de gouvernement.
Pour expliquer la lenteur avec laquelle il lui convenait d'agir, il lui fut peut-être assez commode d'avoir à faire valoir, auprès des royalistes, les embarras qu'il aurait à surmonter avec ses nouveaux collègues.
Il y eut dès le début une question sur laquelle ils se trouvèrent tous parfaitement décides. Ce fut la nécessité d'employer tous les moyens pour empêcher à tout prix que, . ni dans Tune ni dans l'autre Chambre, il fût fait acte de reconnaissance des droits de Napoléon II. Il est certain que toutes les forces dont le parti impérial disposait encore allaient être mises en œuvre pour emporter un vote sur ce point. M. Fouché en était fort préoccupé.
Le lendemain matin de bonne heure, quand je le revis, ce fut le principal sujet de notre conversation. Il m'apprit que Napoléon, informé dans la nuit du peu de succès qu'avaient eu, dans la Chambre des pairs, les tentatives de son frère Lucien, de MM. de La Bédoyère, de Bassano,
Rœderer, et de ses autres amis, pour faire proclamer son fils, était entré dans une grande colère; son indignation devait faire croire qu'il ne négligerait rien pour ranimer le zèle de ses partisans. Il fallait donc s'attendre à de nouveaux efforts, tentés dans les deux Chambres, surtout dans celle des représentants, pour faire triompher cette prétention. M. Fouché ne me dissimula pas qu'il n'était point à cet égard sans quelque inquiétude.
« Sait-on jamais, me dit-il, ce qui peut se passer dans « une assemblée aussi mal organisée que celle-là? Un « mouvement d'éloquence, quelque peu de lassitude et « l'envie d'en finir, peuvent enlever, au moment où on y « pensera le moins, une déclaration contraire aux vœux du « plus grand nombre. Quelles seraient les conséquences « d'une pareille déclaration? Elle rallierait certainement « l'armée autour de Napoléon II, rien ne pourrait être plus « grave. — Je pense comme vous que tant qu'une assem- « blée n'est pas engagée, elle peut aller dans le sens où on « s'y attend le moins. Napoléon veut que son fils soit pro- « clamé, hàtez-vous de faire proclamer Louis XVIII; si <( vous vous contentez pour le moment d'empêcher cet acte « de reconnaissance pour Napoléon II, il sera toujours à « craindre. — Vous en parlez bien à votre aise, reprit-il; a j'ai sans doute assez de crédit dans cette assemblée, mais « je n'ai pas eu le temps de la préparer à une transition « aussi brusque, je suis pris au dépourvu; si je voulais la « mener trop vite et trop loin, elle pourrait bien m'échapper « tout à fait. Voyez comme ils ont nommé hier Carnot. « Ma puissance se borne dans ce moment à éviter le mal, « à parer au danger le plus pressant; à cet égard, je n'ai « rien négligé, j'ai donné le mot d'ordre à mes amis les « plus sûrs et les plus capables. J'ai fort heureusement « parmi eux un homme de premier talent sur lequel je « puis compter. Cet homme, c'est Manuel; le connaissez- « vous? Personne n'est plus en état que lui de retourner