‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 3)Chapitre 126 sur 229 · RECONNAISSANCE DE NAPOLÉON II · texte numérisé non relu

RECONNAISSANCE DE NAPOLÉON II

lies dont elle ne pouvait se passer pour sa liberté et pour son repos, dans les circonstances extraordinaires où elle se trouvait placée.

L'ordre du jour fut adopté presque unanimement; des cris de Vive l'Empereur I se firent entendre dans TAssemblée et dans les tribunes ; puis le message ayant été porté à la Chambre des pairs, celle-ci, malgré quelque opposition, adopta, sur la proposition de M. Thibaudeau, une résolution toute semblable.

Tel fut donc, dans ce moment critique, Tavortement de toutes les tentatives faites de part et d'autre pour faire accepter ou repousser la reconnaissance formelle des droits de Napoléon II. Si le parti napoléonien avait eu satisfaction dans les termes, les adversaires avaient le succès réel, puisque le second paragraphe de Tordre du jour détruisait presque nécessairement, dans ses effets, le premier, reconnaissant le droit théorique. Il ne fut plus possible de tirer les conséquences du droit reconnu en principe et, deux jours après, le gouvernement provisoire n'hésita pas à intituler ses actes au nom du peuple français. Mais la Chambre des représentants n'en fut pas moins, par cette concession au parti bonapartiste, compromise avec le pays comme avec la maison de Bourbon; elle perdit ainsi tout le mérite de la vigueur dont elle avait fait preuve en provoquant l'abdication.

On peut dire que de ce jour, toute influence politique lui a été retirée. M. Manuel, qui, sans nul doute, avait agi dans cet instant avec de bonnes intentions, n'en a pas moins recueilli dans tout le reste de sa carrière les conséquences d'un engagement qu'il n'était pas dans ses intentions d'accepter, et que les hommes comme les événements l'ont forcé de subir.

On a beaucoup dit que la résolution du 23, en calmant l'esprit de l'Empereur et de ses partisans, les avait arrêtés dans l'exécution d'un projet qui n'allait à rien moins qu'à

dissoudre la Chambre des députés par la force. Quelques troupes dont on pouvait encore disposer à Paris ou dans les environs, et surtout les fédérés, devaient servir à l'accomplissement de ce nouveau 18 brumaire. Il se peut qu'un semblable projet soit entré dans l'esprit de quelques fanatiques qui ne quittaient pas les salons de TÊlysée; mais ils étaient en fort petit nombre. Je suis même convaincu qu'au moment décisif la meilleure partie des hommes sur lesquels ils comptaient les auraient abandonnés.

Les Chambres donnèrent à la commission provisoire tous les pouvoirs nécessaires pour gouverner à l'intérieur et assurer la défense nationale. Malgré les déclarations généreuses, malgré les sacrifices consentis, les ressources dont on pouvait disposer étaient insuffisantes pour arrêter le flot de l'invasion qui s'avançait et allait couvrir tout l'intervalle entre Paris et la frontière.

On assure que Napoléon a dit que si les Chambres avaient voulu lui donner tout ce qu'elles jetaient à la tête de la commission provisoire, il ne lui aurait pas fallu davantage pour sauver la France. Suivant sa prédiction, le parlement semblait prendre pour modèle les Grecs du Bas-Empire. On le vit, au plus fort de la crise, se perdre dans d'inutiles discussions sur l'Acte constitutionnel; ce débat se terminait à peine au moment où les Russes et les Prussiens occupaient déjà la plus grande partie de la capitale, et lorsque les restes de l'armée française souscrivaient à une capitulation d'après laquelle toute défense devait cesser.

M. Fouché avait obtenu la présidence de la commission provisoire, il y exerçait la principale influence. Le duc de Vicence, qui aurait pu la lui disputer, jugeait trop bien la situation pour ne pas voir que le seul service qu'il pût rendre à son pays était de ménager la transition et de préparer sans trop de secousses le retour du seul gouvernement capable de rendre une fois encore un peu de repos à la France et de la réconcilier avec l'Europe. Sa situation

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