NAPOLÉON SONGE A GAGNER L'AMÉRIQUE
en retraite. Les ordres venaient d'être donnés aux troupes de se porter au plus vite sur Paris. Ce mouvement imprévu avait été nécessité par la marche rapide de Tennemi, dont les avant-gardes entraient déjà dans Corapiègne et qui pouvaient ainsi arriver en fort peu de marches, par la route de Senlis, jusqu'aux portes de la capitale.
Que se passait^il à la Malmaison? En y conduisant Napoléon, il avait bien fallu lui faire comprendre qu'il n'y pouvait rester indéfiniment et que tout lui commandait de consentir, de concourir môme aux dispositions qui pourraient lui procurer hors de France un asile où il serait assuré de vivre considéré et tranquille. L'Amérique seule pouvait lui offrir cet avantage. Il avait paru le comprendre, et des ordres avaient été expédiés au Havre pour équiper en toute hâte deux frégates qui devaient être mises à sa disposition (1). Il est à peu près certain que si, renonçant à attendre les sauf-conduits que les plénipotentiaires avaient eu mission de demander pour lui au quartier général des étrangers, il avait bien voulu user de ce moyen pour s'échapper, il lui eût été encore possible de gagner en sûreté les ports de la Nouvelle-Angleterre, les Anglais n'ayant pas eu le temps de disposer leurs croisières de manière à intercepter sa route. Mais il nourrissait toujours des espérances dont il lui était impossible de se détacher, et le duc de Wellington, ainsi que le maré-
(i) Je ne puis douter que sa pensée ne se soit par moments arrêtée alors avec assez de complaisance sur un projet d'établissement en Amérique. Il prétendait y consacrer ses loisirs à l'étude des sciences, et comme il voulait s'assurer que cette idée serait bien dirigée et même que les résultats en auraient quelque éclat, il fit proposer à M. Arago de l'accompagner. C'était le premier astronome et un des plus habiles membres de l'Académie des sciences. M. Arago ayant refusé (c'est de lui que je tiens ces détails), Napoléon s'informa de ce que pouvaient lui valoir les différentes places qu'il occupait en France, et sur celte information lui fit offrir en dédommagement une somme de 500,000 francs immédiatement payée. Cette offre fut encore rejetée, et il est possible que quelques désappointements de cette nature aient suffi pour le reporter dans un autre cours d'idées.
chai Blucher, ayant répondu aux plénipotentiaires qu'ils ne se regardaient pas corame autorisés par leurs gouvernements à donner le sauf-conduit demandé, ce refus, loin de l'affliger, lui parut favorable à ses vues , en ce qu'il semblait l'autoriser à demeurer tranquillement dans sa résidence de la Malmaison et à y attendre le cours des événements.
Lorsqu'il sut ensuite que l'ennemi était à Compiègne et s'avançait à grands pas par la route de Senlis, tandis que l'armée française de son côté revenait à marches forcées sur la capitale, ses espérances redoublèrent. Il alla jusqu'à se persuader qu'il pouvait encore faire agréer ses services comme général, si ce n'était comme empereur, et il chargea le général Beker d'en aller porter la proposition au gouvernement provisoire. S'il faut en croire son secrétaire M. Fleury, ce fut le duc d'Otrante qui donna lecture de cette proposition à la commission. Malgré quelques instances de M. Carnot pour que l'offre fût acceptée, M. Fouché n'eut pas de peine à la faire rejeter, et le résultat de cette nouvelle tentative fut de mieux faire sentir la nécessité de l'éloigner de la France au plus tôt et de le transporter à une grande distance de Paris. A cet égard, les vœux et les intentions de tout ce qui conservait la faculté de penser et de réfléchir étaient unanimes. Le maréchal Davout lui-même, dont le dévouement à sa cause et à sa personne s'était si souvent manifesté, n'hésita pas à se prononcer en ce sens de la manière la plus formelle.
La réponse au message apporté par le général Beker fut donc qu'on ne pouvait que conjurer le ci-devant empereur d'éviter les calamités que la prolongation de son séjour à la Malmaison et en France pouvait à tout moment appeler sur le pays et sur lui-même. Poussé ainsi dans ses derniers retranchements, et après s'être plaint de l'abandon dans lequel on le laissait et des perfidies de M. Fouché, il se décida à envoyer M. de Flahaut pour concerter avec