LA CHAMBRE RECONNAIT NAPOLÉON II
envoyés pour visiter les troupes; il rapportait que plusieurs soldats lui avaient paru exaspérés par cet écrit, qui produisait le plus mauvais effet. On comprend tout ce qu'une semblable imprudence fournissait de matière aux déclamations. Elles furent vives, et Tordre du jour réclamé par les amis de M. Maie ville n'avait été adopté qu'après un débat assez pénible. C'était un fâcheux préliminaire pour la discussion de l'adresse. M. Garât répondit à M. Manuel. Il prétendit que la Chambre avait trop positivement donné, dans la séance même, son adhésion au principe de la proscription irrévocable de la maison de Bourbon, pour qu'il lui fût possible de conserver dans l'adresse une phrase qui pourrait faire douter de sa résolution. L'adresse fut, sur sa demande, renvoyée à la commission pour modifier la rédaction.
Le lendemain, la séance s'ouvrit par un discours de la dernière violence que prononça M. Bory de Saint- Vincent, l'un des commissaires envoyés auprès des troupes. Le compte qu'il avait h rendre de sa mission en fut l'occasion. Il termina en demandant que Napoléon II fût proclamé, sans plus de retard, empereur des Français et que la garde nationale de Paris fût invitée h aller partager le danger de ses frères de l'armée régulière. L'impression de ce discours fut ordonnée à six exemplaires, puis on entendit le rapport de la commission. On y avait ajouté une phrase, portant qu'en vertu des constitutions de l'Empire, Napoléon II, son père ayant abdiqué, était appelé à lui succéder. Ainsi modifiée, personne ne s'opposa plus à l'adoption de l'adresse, on en ordonna l'envoi aux armées; on l'afficha dans la capitale. Elle fut portée à la Chambre des pairs, qui l'adopta sur un rapport de M. Thibaudeau. « Si la « France, dit-il, repousse tout chef qui viendrait opposer « ses droits à ceux de la nation, quelle indignation ne doit- « elle pas manifester, si ce chef, ennemi déclaré de la sou- « veraineté du peuple, est porté au trône par des armées
« étrangères, à travers le ravage de notre territoire, la « destruction de nos villes et toutes les horreurs de la « guerre, sur les cadavres des Français et sur les ruines « de notre indépendance ! »
Je voudrais faire le moins possible de citations, mais il faut bien consigner ces paroles, qui ont fait une grande impression dans le pays. Voilà où nous avaient conduits les irrésolutions, les tergiversations de M. Fouché; c'est ainsi qu'il a amené une des choses qu'il redoutait le plus, dont il comprenait le mieux le danger : la reconnaissance formelle par les deux Chambres des droits de Napoléon IL Que de maux il aurait écartés, s'il avait eu le courage de se prononcer aussitôt après l'abdication et s'il avait, comme cela lui était si facile, entraîné à sa suite cette foule indécise qu'il a livrée à toutes les influences I
Les commissaires nommés pour négocier l'armistice avaient promptement pénétré jusqu'au quartier général du duc de Wellington, qui leur déclara qu'il ne pouvait rien répondre avant de s'être concerté avec le général Blucher, et qui leur annonça le 29 au soir qu'il avait été convenu entre lui et ce général qu'aucun armistice ne pouvait se conclure tant que Napoléon serait à Paris et en liberté; que les opérations ne pouvaient être suspendues.
Le 1" juillet, dans la matinée, les commissaires obtinrent cependant une nouvelle conférence ; dans le compte rendu qu'ils firent au ministre (1) des affaires étrangères, on voit que le duc de Wellington dit formellement que Louis XVIII pouvait seul réunir les conditions qui dispenseraient l'Europe de demander à la France des garanties consistant dans des cessions de territoire plus ou moins considérables. Il remit en même temps aux plénipotentiaires deux proclamations de ce prince, en leur faisant connaître qu'il résidait à Cambrai et que le Quesnoy était, ainsi que plu-
(1) Le duc de Vicence, en entrant dans la commission de gouvernement, avait remis son ministère entre les mains de M. Bignon.