LA COUR DE GAND
sieurs autres places, déjà rangé sous son obéissance « A l'issue de cet entretien, les commissaires avaient reçu la nouvelle du départ de Napoléon; ils se hâtèrent d'en prévenir le duc de Wellington, espérant que cet événement pourrait favoriser la conclusion d'un armistice. Le duc leur fit connaître qu'une lettre écrite au nom de l'empereur de Russie et de l'empereur d'Autriche venait de lui parvenir ainsi qu'au maréchal Blucher; que cette lettre pressait vivement la poursuite des opérations; on ajoutait même que si quelque armistice venait à être accepté par les généraux qui se trouvaient près de Paris, Leurs Majestés ne se croiraient pas liées par cette convention, et qu'elles poursuivraient leur marche. Les plénipotentiaires comprirent qu'il n'y avait plus d'illusion possible. En effet, tout était consommé le 1" juillet, à huit heures du soir, à Louvres, où se trouvait le quartier général ennemi, c'est-à-dire à six lieues de Paris (1).
Il est temps que je dise ce qui s'était passé autour du Roi, quelle avait été sa marche, quelles résolutions il avait prises depuis le moment où il avait appris l'issue de la bataille de Waterloo.
Les anxiétés avaient été vives à Crand, pendant la durée de la lutte; on y avait même, durant quelques heures, tenu pour certain que la bataille était perdue par les Anglais ; déjà on songeait aux préparatifs de la fuite, lorsque arriva la nouvelle du succès des alliés. Bientôt on sut à quel point ce succès était complet, et que les routes de France allaient être ouvertes. Il ne pouvait y avoir de doute dans le conseil de Louis XVIII sur la nécessité d'en profiter pour se
reporter au plus tôt sur le territoire du royaume et pour y
(4) J'ai lu une lettre du duc de Wellington dans laquelle il rendait compte à M. de Talleyrand des deux conférences qu'il venait d'avoir avec les commissaires. A la manière dont il parlait dans cette lettre de M. Fouché, on ne peut guère douter qu'il n'eût déjà été question à Cambrai de son élévation au ministère, que ce ne fût à peu près convenu.
faire acte de souveraineté. La plus grande diligence était commandée par beaucoup de motifs, mais surtout parce qu'on savait le peu de zèle qui s'était manifesté à Vienne, dans les derniers jours du congrès, pour la cause de la maison de Bourbon.
La lettre de M. de Talleyrand que j'ai rapportée plus haut, en date du 23 avril, avait donné les plus tristes lumières. C'était principalement des dispositions de l'empereur de Russie dont on avait lieu de se méfier, avec d'autant plus de raison qu'on n'ignorait pas que depuis l'avertissement donné par M. de Talleyrand, les griefs de ce souverain s'étaient encore sensiblement accrus; il avait eu connaissance, on n'en pouvait plus douter, du traité secret qui s'était conclu pendant le congrès entre la France, r Autriche et F Angleterre. Or ce traité, auquel M. de Talleyrand avait eu une si grande part, était entièrement dirigé contre la Russie.
Mais comment un fait aussi grave et qu'à cette époque surtout, il importait autant de cacher, avait-il été révélé au cabinet russe? Le premier avis en fut donné par le duc de Vicence à un secrétaire de l'ambassade russe qui se trouvait encore à Paris au moment de son entrée au ministère des affaires étrangères. M. de Vicence n'avait pas tenu dans ses mains le traité que M. de Jaucourt avait eu soin d'emporter (1), mais il en connaissait la teneur; elle lui avait été rapportée fort exactement par un employé des affaires étrangères qui avait été chargé d'en faire une copie.
Le secrétaire d'ambassade n'avait eu rien de plus pressé que d'accourir à Vienne pour faire part à son maître d'une si importante découverte. L'empereur Alexandre avait refusé d'y croire, et il persistait à ne voir dans cette confidence qu'une ruse, qu'un mensonge de Napoléon, em-
(1) On a beaucoup dit dans le temps que M. de Jaucourt avait eu l'incroyable négligence de laisser ce traité dans les cartons du ministère; mais je puis garantir l'exactitude du fait, tel que je le rapporte.