‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 3)Chapitre 143 sur 229 · LA PROCLAMATION DE CAMBRAL · texte numérisé non relu

LA PROCLAMATION DE CAMBRAL

être en eflfet beaucoup mieux placé dans celte ville que dans la bicoque de Cateau-Cambrésis.

Du moment où la réunion de tout le conseil fut opérée, la situation ne tarda pas à changer, et M. de Talleyrand eut bientôt repris l'autorité que devait lui donner sa position d'homme nécessaire, indispensable même. Son premier soin fut de réaliser, autant qu'il dépendait de lui, le système qu'il avait développé dans sa correspondance. Ne pouvant encore organiser un ministère comme il l'entendait, et sentant bien que cette opération ne pouvait s'achever que dans la capitale, lorsqu'il serait à portée de connaître tous les besoins de la situation, il voulut au moins manifester de l'esprit qui allait diriger le nouveau gouvernement royal. Il tenait surtout à faire prendre des engagements au Roi. Jugeant que la proclamation du duc de Feltre était plus qu'insuffisante, il résolut d'en proposer une nouvelle. Rien de plus important, de plus difficile, de plus délicat, que la rédaction d'une pareille pièce ; il fallait s'attendre qu'elle rencontrerait une forte opposition de la part des princes et surtout de Monsieur. Cet obstacle n'arrêta pas M. de Talleyrand, assuré qu'il était de la majorité dans le conseil, où il disposait de tous ceux qui avaient fait cause commune avec lui.

Cependant une première rédaction, trouvée trop sévère pour le gouvernement qui avait précédé le 20 mars, fut abandonnée. Convenait-il donc de le traiter aussi durement, alors qu'il avait été celui de Louis XVIir? Il fallut chercher des termes adoucis, moins offensants pour le passé. Trois jours entiers furent employés, tant à la nouvelle rédaction qu'à sa discussion dans le conseil; le débat y fut très animé; il en sortit enfin la proclamation qui fut ordonnée à Cambrai le 28 juin. M. Beugnoten fut le rédacteur principal.

« J'apprends, faisait-on dire au Roi, qu'une porte de mon a royaume est ouverte, et j'accours. J'accours pour ramener

« mes sujets égarés, pour adoucir les maux que j'aurais « voulu prévenir, et pour me placer une seconde fois entre « les armées alliées et les Français, dans l'espoir que les égards dont je peux être l'objet tourneront à leur salut. « C'est la seule manière dont j'ai voulu prendre part à la « guerre. Je n'ai pas permis qu'aucun prince de ma famille a parût dans les rangs des étrangers, et j'ai enchaîné le « courage de ceux de mes serviteurs qui avaient pu se « ranger autour de moi. »

Après ce début fort heureux venait, sur le passé, un aveu qui devait donner les plus grandes espérances pour l'avenir :

« Revenu sur le sol de la patrie, je me plais à parler de « confiance à mes peuples. Lorsque j'ai reparu au milieu « d'eux, j'ai trouvé les esprits agités et emportés par des « passions contraires. Les regards ne rencontraient de « toute part que des difficultés et des obstacles. Mon « gouvernement devait faire des fautes; peut-être en a-t-il « fait. Il est des temps où les intentions les plus pures « ne suffisent pas pour diriger, où quelquefois môme elles « égarent. L'expérience seule pouvait avertir, elle ne sera « pas perdue. Je veux tout ce qui sauvera la France. » Ce langage était à la fois touchant et généreux, mais peutêtre, avant de le tenir, aurait-il fallu être plus assuré qu'il ne serait jamais démenti. « Mes sujets ont appris par de « cruelles épreuves que le principe de la légitimité des « souverains est l'une des bases fondamentales de l'ordre « social, la seule sur laquelle puisse s'établir, au milieu d'un « grand peuple, une liberté sage et bien ordonnée. Cette « doctrine vient d'être proclamée comme celle de l'Europe « entière. » (Un peu moins qu'il n'eût été désirable.) « Je « l'avais consacrée d'avance par ma Charte, et je prétends « ajouter à cette Charte toutes les garanties qui peuvent « en assurer le bienfait. L'unité du ministère est la plus « forte que je puisse offrir; j'entends qu'elle existe et que

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