CHAPITRE XIV
Entrevue entre M. de VitroUes et le maréchal Davout à la Villette. — Les officiers de Téta t-major refusent d'écouter l'émissaire de Fouché et se prononcent hautement contre une nouvelle restauration des Bourbons. — La commission de gouvernement n'autorise le maréchal à entrer en pourparlers avec les alliés que sur des points exclusivement militaires. — Les propositions d'armistice sont de nouveau re poussées. — Les troupes prussiennes passent sur la rive gauche de la Seine. Le général Exelmans remporte sur elles un brillant succès. — Elles n'en occupent pas moins les hauteurs de Meudon
— L'n conseil de guerre réuni chez le maréchal Davout conclut à la capitulation. — Elle est signée à Saint-Gloud. -— Ses principales dispositions. — M. Fouché envoie auprès de M. de Talleyrand M. Archambaud de Périgord son frère. — M. Pasquier en profite pour faire passer au Roi quelques avis. — Sang-froid de M. Fouché dans le tumulte de ces événements. — Aspect de son salon. — Indignation des soldats k la nouvelle de la capitulation. — M. Garât propose à la Chambre des représentants d'adopter une déclaration des droite des Français et des principes fondamentaux de leur Constitution.
— Elle est discutée et votée le lendemain. — Autre déclaration de la Chambre des représentants. — Les commissaires français envoyés auprès des souverains les rencontrent à Haguenau. — Après une courte conférence, ils reviennent à Paris sans avoir rien obtenu d'eux. — Débats à la Chambre des représentants sur l'acte constitutionnel. — Retraite des troupes françaises sur Orléans. — La garde nationale reste seule pour assurer le maintien du bon ordre dans Paris. — Elle est assez bien disposée pour les Bourbons, mais tient à la cocarde tricolore. — M. Pasquier met le Roi au courant de cet état d'esprit.
J'ai laissé Tarmée française réunie sous les murs de Paris, ayant son quartier général à la Villette, au moment où ses chefs venaient d'envoyer aux Chambres l'adresse la plus violente contre la maison de Bourbon. Elle avait été provoquée par une démarche imprudente de M. Fouché. Ayant de bonnes raisons pour croire que le maréchal Davout sentait la nécessité d'en finir, et était disposé à ouvrir une négo-
ciation, dont le retour de la maison de Bourbon serait la base, il avait imaginé, pour le décider plus promptement et plus sûrement, de lui envoyer M. de VitroUes. Après tout ce que celui-ci avait tenté dans le Midi pour le service du Roi, il pouvait mieux que personne donner les garanties dont le maréchal, les généraux et les officiers qui l'entouraient devaient éprouver le besoin.
Malheureusement, la conférence était entamée à la Villette entre lui et le marécheJ lorsque les principaux officiers de l'armée vinrent au logement de leur chef pour raisonner avec lui du parti à prendre, à la suite de l'impression que la visite des représentants avait produite sur l'esprit des troupes. Elles paraissaient, en effet, très excitées. Le maréchal, désireux de connaître l'avis de ces Messieurs sur l'idée dont il était préoccupé, leur proposa, sans leur donner le temps de s'expliquer, de voir et d'entendre M. de VitroUes qui était dans une pièce à côté. Il y eut alors, de la part de quelques officiers plus exaltés que les autres, une explosion décolère qui faillit avoir les suites les plus fâcheuses. Le maréchal eut beaucoup de peine à les calmer; il leur expliqua assez habilement que le devoir qu'il s'était imposé de ne leur rien cacher de ce qui viendrait à sa connaissance l'avait forcé à leur faire cette proposition. Il y ajouta force protestations de ne jamais se séparer de ses camarades, de rester fidèle avec eux à tous les engagements : ces protestations le lièrent si bien et le menèrent si loin, qu'il lui fut impossible de résister le lendemain aux clameurs qui firent adopter l'adresse dont il fut le premier signataire.
Or, le maréchal avait déjà donné par écrit à M. Fouché la mission de faire connaître à la commission du gouvernement que toutes ses répugnances étaient vaincues, qu'il sentait la nécessité d'un traité, ou plutôt d'un armistice, qu'onn'obtiendraitqu'en proclamantLouisXVIII.il demandait en conséquence que la commission voulût bien l'auto-