INVESTISSEMENT DE PARIS
riser à ouvrir une négociation dans ce but. Tout était convenu entre lui et M. Fouché, leurs rôles étaient tracés, mais Tun et l'autre s'y étaient pris trop tard. La commission accorda l'autorisation, mais non comme M. Fouché le proposait, avec une latitude qui aurait laissé la porte ouverte à toutes les natures de propositions; elle enjoignit au maréchal de ne traiter de l'armistice que sous les rapports militaires et sans y mêler aucune question politique. Il en résulta que la démarche qu'il fit, le 30, auprès du duc de Wellington et du général Blucher, pour obtenir une suspension d'armes, ne réussit pas mieux que celles tentées par les commissaires envoyés depuis le 27.
Une lettre assez habilement conçue, que M. Fouché écrivit le 1" juillet aux deux généraux ennemis, n'eut pas plus de succès, quoiqu'il fût facile de voir qu'il ne demandait qu'un peu de temps pour conduire les affaires au but que tout le monde se proposait. Il désirait seulement être appuyé par une déclaration formelle que les souverains ne laisseraient jamais subsister une forme de gouvernement dans laquelle Napoléon II hériterait légalement de la couronne.
Toutes ces tentatives ayant échoué, les opérations militaires continuèrent avec une nouvelle activité. Comme les approches de Paris étaient assez bien défendues sur la rive droite de la Seine, tandis que la rive gauche était tout à fait découverte, le général Blucher porta de ce côté la principale attaque et effectua, par le pont du Pecq, le passage de la Seine, qui lui permettait, en suivant la route de Saint-Germain et de Versailles, d'arriver à la plaine de Montrouge, où on avait à peine eu le temps d'ébaucher quelques faibles retranchements. Cette opération n'était pas sans danger. Elle le séparait de l'armée anglaise et l'obligeait à un grand détour, tandis que l'armée française, suivant la corde de l'arc, ayant la possibilité de passer en fort peu d'heures d'un côté de la rivière à l'autre par les
nombreux ponts de la capitale, pouvait le surprendre dans son mouvement, se porter sur lui en masse et l'écraser, avant qu'aucun secours eût eu le temps de lui arriver.
Cette manœuvre était si indiquée qu'on n'hésita pas à l'entreprendre. Pendant toute la nuit du 30 au 1'% les rues de Paris retentirent du bruit des bataillons, des chevaux et des canons qui les traversaient en toute hâte et qui, le lendemain, se trouvèrent dans la plaine dlssy, entre Sèvres et Paris. L'avant^garde était commandée par le général Exelmans, qui s'étant, dans l'après-dîner du 2, porté avec une forte colonne sur Versailles, y rencontra un corps de cavalerie prussienne sur lequel il marcha vigoureusement et qu'il repoussa jusque sur la route de Saint-Germain, après lui avoir fait essuyer des pertes très sensibles. Cette brillante action fut la dernière de la campagne.
Le maréchal Davout, qui commandait en chef, était convenu avec M. Fouché d'éviter avec Blucher un engagement général dont le succès cependant n'était pas douteux et qu'il évita en effet. Cette résolution est justifiée par la considération que la victoire qu'il aurait remportée en cette occasion pourrait un peu plus tard, lorsque les forces de la coalition seraient complètement réunies, la pousser à prendre une revanche dont les conséquences seraient incalculables, si, comme cela pouvait arriver, la capitale venait à être emportée de vive force.
Les ennemis ayant eu le temps de se reconnaître et d'assurer leurs mouvements, par une diversion dont Wellington menaça l'autre côté de la ville, le général prussien put venir en toute sécurité couronner les hauteurs de Meudon. Alors, le danger d'une attaque de vive force sur les faubourgs devint imminent. Déjà la possibilité de cet événement avait décidé la commission du gouvernement à appeler auprès d'elle, avec les maréchaux Lefebvre, Masséna, Soult et Davout, plusieurs autres géçiéraux renommés par leurs talents et leur expérience.