‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 3)Chapitre 147 sur 229 · LE CONSEIL DE GUERRE · texte numérisé non relu

LE CONSEIL DE GUERRE

Les informations prises étant insuffisantes, ils furent invités à se réunir le lendemain en conseil de guerre au quartier général du maréchal Davout. Là, après s'être rendu compte de la situation, avoir contrôlé tous les renseignements qu'on leur avait fournis, après avoir examiné les moyens de défense, ils furent unanimement d'avis de ne point exposer la capitale aux dangers d'un siège et d'une prise d'assaut, d'autant plus impossible à éviter que, sur la rive gauche de la Seine, les ouvrages commencés pouvaient être considérés comme nuls.

Il n'y avait plus d'autre parti à prendre que de renoncer franchement à la défense et de conclure une capitulation en vertu de laquelle la ville serait remise aux alliés. Ce fut en effet la résolution à laquelle s'arrêta la commission du gouvernement, lorsque l'avis du conseil de guerre lui eut été transmis. J'ai acquis la certitude que dans une séance qui eut lieu durant la nuit du 1" au 2, les hommes les plus considérables et dont l'avis devait avoir le plus de poids, entre autres le maréchal Soult et le maréchal Davout, reconnurent que le retour de la maison de Bourbon était inévitable, qu'il vaudrait beaucoup mieux la rappeler de plein gré, en stipulant de bonnes conditions, que de laisser aux alliés le soin de la rétablir.

Tout en reconnaissant cette vérité, on n'osa pas en tirer les conséquences. Personne ne proposa une démarche formelle dans ce sens. Les généraux craignaient leurs soldats. On avait tout fait pour les exalter depuis quelques jours ; l'embarras était grand de revenir brusquement sur les déclarations contenues dans l'adresse que plusieurs d'entre eux avaient signée deux jours auparavant. On devait regretter le retour précipité des troupes sous les murs de Paris; il avait été impossible de les soustraire à l'influence des hommes exaltés qui leur prêchaient la fidélité à la cause de Napoléon IL Si elles fussent restées huit jours de plus à Soissons, il est probable qu'on T. m. 2D

leur aurait fort aisément donné une tout autre direction.

Le conseil de guerre el la commission du gouvernement étant donc tombés d'accord sur la nécessité de traiter de la reddition de la ville, le maréchal Davout flt connaître cette résolution au général commandant Tavant-garde prussienne. Telle était en ce moment l'exaltation des sentiments d'orgueil et de vengeance dont les Prussiens étaient animés, que cette importante communication fut à peine écoutée. Le général répondit qu'il ne voulait pas prendre sur lui de transmettre cette nouvelle au général en chef; que cependant, si les députés du gouvernement déclaraient à son aide de camp qu'ils voulaient rendre la ville sans condition, et que l'armée française consentît aussi à se rendre, il accepterait une suspension d'armes; c'était proposer à l'armée française de passer sous les Fourches Gaudines.

On prit alors le parti d'aller directement au duc de Wellington et au maréchal Blucher. M. Fouché envoya à chacun d'eux un agent, porteur de paroles confidentielles. Son agent auprès du duc fut le général Tromelin, ancien chouan, fort connu pour avoir fait sauver du Temple l'amiral Sidney Smith. Celui qui fut envoyé auprès de Blucher fut M. Macirone, longtemps attaché au roi de Naples Murât. L'un et l'autre avaient mission de faire comprendre que le départ et l'éloignement de l'armée étaient ce qu'il y avait de plus important. Ce fait accompli et le Roi ayant ajouté quelques garanties à la Charte, il serait facile de le faire entrer au bout de trois ou quatre jours à Paris, au milieu des acclamations universelles et même avec l'assentiment des Chambres.

Quelle que fût la sagesse de ces propositions, il est fort probable que le général Blucher y aurait résisté longtemps, tant il avait envie d'entrer au pas de charge dans Paris; mais son obstination fut vaincue par le duc de Wellington, dont le caractère plus élevé aspirait à une plus noble gloire. Il fut décidé que les commissaires français seraient reçus

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