‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 3)Chapitre 148 sur 229 · CAPITULATION DE PARIS · texte numérisé non relu

CAPITULATION DE PARIS

le 3 à Saint-Cloud, oîi se trouvaient des commissaires envoyés par les généraux anglais et prussiens. Du côté du gouvernement français, on envoya M. Bignon, chargé par intérim du portefeuiUe des affaires étrangères, M. de Bondy, préfet du département de la Seine, et le général Guilleminot, chef de l'état-major de l'armée. Le général Muffling avait les pleins pouvoirs du général Blucher, et le colonel Hervey, ceux du duc de Wellington.

La capitulation, qu'on appela ensuite convention, fut signée dans la soirée. Elle contenait dix-huit articles. L'article !•' stipulait une suspension d'armes entre les armées anglaise et prussienne et l'armée française sous les murs de Paris; l'article 2 portait que le lendemain l'armée française se mettrait en marche pour se porter derrière la Loire ; que l'évacuation entière de Paris serait effectuée en trois jours; que le mouvement des troupes pour se rendre sur la rive gauche de la Loire serait terminé en huit jours. Venaient ensuite les dispositions d'usage, toutes conçues d'une manière fort honorable, sur les armes, le matériel, l'artillerie que les troupes emmèneraient avec elles; sur les blessés, les femmes, les enfants des nombreux individus appartenant à l'armée; une autorisation générale leur était accordée de rester à Paris. Il était dit à l'article 8 que le lendemain, 4 juillet, à midi, on remettrait aux troupes alliées Saint-Denis, Saint-Ouen, Clichy et Neuilly; le surlendemain 5, à la même heure, Montmartre, et que le troisième jour enfln, 6 juillet, toute» les barrières seraient remises.

Les articles 10, 11 et 12 méritent d'être remarqués, à cause de l'esprit qui les avait dictés et de la manière dont ils ont été entendus plus tard.

« Art. 10. — Les commandants en chef des armées « anglaise et prussienne s'engagent à respecter et à faire « respecter par leurs subordonnés les autorités actuelles a tant qu'elles existeront.

« Art. H. — Les propriétés publiques, à Texception de « celles qui ont rapport à la guerre, soit qu'elles appar- « tiennent au gouvernement, soit qu'elles dépendent de « Tautorité municipale, seront respectées, et les puissances (( alliées n'interviendront en aucune manière dans leur « administration ou dans leur gestion.

« Art. 12. — Seront pareillement respectées les per- « sonnes et les propriétés particulières. Les habitants, et « en général tous les individus qui se trouvent dans la « capitale, continueront à jouir de leurs droits et libertés, « sans pouvoir être inquiétés ni recherchés en rien relativement « aux fonctions qu'ils occupent ou auraient occupées^ à leur con- « duite et à leurs opinions politiques. »

Le reste suivant les formes accoutumées.

Cette convention arrêtait le conflit qui d'heure en heure devenait plus menaçant entre les deux armées.

On a pu voir combien M. Fouché avait raison, quand il faisait donner au duc de Wellington et au maréchal Blucher l'assurance que, ce point gagné, tout marcherait ensuite sans aucune difficulté sérieuse. Mais ce qu'on doit avoir de la peine à comprendre, c'est comment cette grande quantité de pourparlers, de discussions, d'incidents, d'événements graves dont je n'ai donné en quelque sorte que la nomenclature, et qui le plus souvent étaient contradictoires, ont pu se placer dans un si petit nombre de jours. Il faut l'avoir vu pour le comprendre, et même tout est si précipité, enchevêtré, qu'on a de la peine à retrouver dans sa mémoire le nombre d'heures suffisant pour mettre chaque fait à sa place. Aussi l'agitation et l'inquiétude dans lesquelles nous avons tous vécu à cette époque, heureusement de courte durée, sont-elles impossibles à décrire, continuellement ballottés entre la crainte et l'espérance, redoutant le dénouement presque autant que nous le désirions, vivant pendant quatre mortelles journées dans les appréhensions d'une bataille qui se livrerait peut-être dans

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