MESSAGE DE LÀ COMMISSION AUX CHAMBRES
fut envoyé aux deux Chambres et qui était ainsi conçu :
« Monsieur le Président, jusqu'ici nous avions dû croire « que les intentions des souverains alliés n'étaient pas « unanimes sur le choix du prince qui devait régner sur la « France. Nos plénipotentiaires nous ont donné les mêmes « assurances à leur retour. Cependant les ministres et les (c généraux des puissances alliées ont déclaré hier, dans « les conférences qu'ils ont eues avec le président de la « commission, que tous les souverains s'étaient engagés à a replacer Louis XVIII sur le trône et qu'il devait faire ce « soir ou demain son entrée dans la capitale. Les troupes a étrangères viennent d'occuper les Tuileries, où siège le « gouvernement. Dans cet état de choses nous ne pouvons « plus que faire des vœux pour la patrie. Nos délibérations « n'étant plus libres, nous croyons devoir nous séparer. »
Je rapporte textuellement les paroles de ce message parce que c'est le premier grief que le Roi, la cour et les royalistes devaient bientôt avoir contre M. Fouché.
Comme ministre du Roi, il n'aurait jamais dû signer une pièce qui autorisait tant de doutes sur des faits importants et présentait le retour du Roi légitime comme une calamité après laquelle on ne pouvait plus faire autre chose que d'adresser des vœux au Ciel pour le salut de la patrie. Il se défendit en soutenant qu'il importait beaucoup que la commission du gouvernement consentît à se dissoudre ellemême, qu'il n'avait pu l'obtenir que par cette concession. On pouvait lui répondre que, dès le lendemain matin, la commission, comme les Chambres, serait tombée d'ellemême dans le néant, qu'il avait commis une inconvenance inutile; mais ces délicatesses n'étaient pas de nature à impressionner M. Fouché.
Il y avait, à ce qu'il paraît, dans le message, une phrase qui en a été retranchée à l'impression et qui donnait à entendre que de nouvelles garanties seraient ajoutées à la Charte, que les couleurs nationales seraient conservées.
Sur ce dernier point surtout, il n'avait certainement reçu de personne aucune autorisation de rien promettre. Le mensonge, à la vérité, ne lui a jamais coûté, quand il croyait pouvoir en tirer le moindre profit ! La Chambre des pairs reçut ce message avec une grande indifférence et se sépara aussitôt. Son président, M. de Cambacérès, n'était pas homme à tenter des résistances inutiles. A la Chambre des représentants, Témotion fut vive. Ce fut encore M. Manuel qui se chargea d'exprimer les sentiments de ses collègues. Il soutint qu'une telle communication ne devait, en aucune manière, l'empêcher de continuer son travail sur l'acte constitutionnel, et termina assez maladroitement son discours en empruntant la phrase célèbre de Mirabeau : « Nous sommes ici par la puissance du peuple et nous n'en « sortirons que par la force des baïonnettes. » C'est toujours une exaltation froide et fausse que celle qui, en de telles circonstances, emprunte les paroles d' autrui; plus ces paroles sont connues, plus l'emploi en est malheureux. Son avis fut cependant suivi; on continua la délibération, qui portait sur un article relatif à l'hérédité de la pairie. Ce fut le dernier de ceux qui se trouvèrent adoptés; le président leva ensuite la séance, malgré les cris d'un certain nombre de députés plus violents qui auraient voulu qu'on restât en permanence. On décida seulement, au milieu du tumulte, que la Chambre se réunirait le lendemain à huit heures du matin. Ainsi se termina cette dernière journée de l'existence du gouvernement provisoire qui avait remplacé celui de Napoléon.
Le 8 au matin, le premier article du Moniteur^ publié de très bonne heure, était ainsi conçu : « La commission de « gouvernement a fait connaître au Roi qu'elle venait de « se dissoudre. Les pairs et les représentants imposés par « le dernier gouvernement ont reçu à cet égard une notifi- « cation. Les Chambres sont dissoutes; le Roi entrera à « Paris vers trois heures après midi; Sa Majesté descendra