‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 3)Chapitre 161 sur 229 · DISSOLUTION DE LÀ CHAMBRE · texte numérisé non relu

DISSOLUTION DE LÀ CHAMBRE

« au château des Tuileries. » Cet article avait été concerté entre M. de VitroUes et M. Fouché. Venaient ensuite les deux ordonnances du Roi qui réintégraient les fonctionnaires publics du 1" mars dans leurs fonctions et le général DessoUe dans le commandement de la garde nationale de Paris. Puis un ordre du jour ainsi libellé : « D'après les « ordres du Roi, M. le lieutenant général DessoUe reprend a aujourd'hui le commandement de la garde nationale de « Paris. Par ordre du maréchal prince d'Essling, le chef « d'état-major, baron Borelli. »

En même temps on distribua et on afficha un ordre du jour du général DessoUe. Il contenait les félicitations les plus adroites à la garde nationale sur l'excellent esprit qu'elle avait constamment témoigné, sur son zèle pour le maintien du bon ordre et de la tranquillité; l'injonction formellement articulée de reprendre la cocarde blanche était motivée avec des ménagements qui la firent accepter sans difficulté.

Un certain nombre de représentants, fidèles à l'indication donnée la veille, n'avaient pas hésité à se rendre dès huit heures du matin aux portes de la Chambre, mais eUes étaient fermées et gardées par un poste de la garde nationale qui, malgré leurs protestations, en interdit l'entrée. 11 leur faUut donc se séparer. L'officier qui commandait ce poste se trouvait être M. Decazes, conseiller à la Cour royale, que Napoléon avait exUé en même temps que moi; il était accouru à la première nouveUe du désastre de Waterloo, et tenait à prendre dans le parti royaliste une attitude qui pût inspirer confiance. Une liaison fort intime dans la famille de M. Louis lui avait donné le moyen de conserver et d'entretenir une correspondance avec ce ministre pendant la durée de son séjour à Gand. On verra tout à l'heure à quel point cette circonstance lui a été profitable.

L'agitation fut extrême dans la vUle pendant toute la

matinée; elle se calma bientôt. Un seul sentiment domina tous les autres, celui du bonheur de retrouver la sécurité et la paix, après tant de dangers auxquels on avait miraculeusement échappé. Lorsque le Roi fit son entrée, à trois heures, l'accueil qu'il reçut de la part de l'immense foule qui se porta sur son passage déconcerta toutes les sinistres prédictions et alla fort au delà des espérances qu'on avait conçues. Il faut même convenir que la transition devait sembler prodigieuse à quiconque avait observé la veille avec soin toutes les attitudes, surtout celles de la garde nationale. Elle fit son service avec un très grand zèle, maintint Tordre le plus parfait, et fit éclater tous les sentiments désirables.

A quatre heures, M. de Talleyrand réunit chez lui toutes les personnes qui allaient composer son ministère. Étant arrivé un des premiers, il me prit à part pour m' apprendre qu'il était indispensable qu'outre le portefeuille de la Justice je consentisse à me charger pendant quelques jours de celui de l'Intérieur. Je me récriai sur l'énormité du fardeau. Il m'assura que je ne le porterais pas longtemps et me donna connaissance très confidentiellement du motif qui ne permettait pas que le Roi fit encore connaître son choix pour le département de l'Intérieur. « Nous avons, « me dit-il, le plus grand besoin de nous concilier Tempe- « reur Alexandre, de le faire entrer en quelque sorte dans « nos affaires. Pour cela, j'ai eu une idée que je crois « excellente, celle de donner le ministère de l'Intérieur au « général de Pozzo di Borgo. Il est Français, car il est ori- « ginaire de Corse ; on ne peut mettre en doute sa qualité, a puisqu'il a été membre de l'Assemblée législative. C'est « un homme de beaucoup d'esprit. Il a déjà rendu les plus « grands services à la maison de Bourbon, nul n'a autant « de crédit que lui sur l'empereur Alexandre. Si cette « affaire peut s'arranger, nous ferions de celui-ci tout ce « que nous voudrions, mais il faut son consentement, car

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