ORGANISATION DU GOUVERNEMENT ROYAL
ff nous nous entendrons fort bien ensemble. » Ainsi fut décidée sa nomination, que M. de Talleyrand alla le soir faire signer au Roi et qui parut le lendemain matin dans le Moniteur avec celle de M. Mole, de M. Beugnot et avec l'ordonnance où se trouvait la composition du ministère.
Cette ordonnance était accompagnée d'un préambule que j'avais rédigé dans l'après-midi sur les données précédemment convenues avec M. de Talleyrand. Je vais le rapporter en entier, parce qu'il fait bien connaître l'organisation qu'on entendait donner au gouvernement royal à cette époque. « Sa Majesté vient de déterminer les formes « qui, dans le système constitutionnel de son gouverne- « ment, lui ont semblé applicables à Tadministration qu'elle « adopte pour la France. Cette administration, dans sa par- « tie supérieure, sera composée d'un conseil privé et du « conseil des ministres. Dans le conseil privé entreront les « princes, les ministres d'État et les personnes que Sa « Majesté jugera à propos d'y appeler. Ce conseil, qui ne « se réunira que sur une convocation spéciale, offrira un « moyen de faire discuter devant le Roi d'une manière « plus solennelle un certain nombre d'affaires et donnera « en même temps à Sa Majesté l'occasion de récompenser « d'importants services, aussi d'honorer les personnes pour « lesquelles elle sera animée d'une bienveillance particu- « lière. Le nombre des membres de ce conseil n'est pas « fixé. Après ce conseil, viendra celui des ministres res- « ponsables. auquel ne pourront assister que les ministres. « secrétaires d'État ayant département. »
L'esprit de ce préambule est facile à saisir. En plaçant la réalité du pouvoir dans le conseil des ministres, on espérait trouver dans le conseil privé un moyen de satisfaire l'amour-propre des princes et de quelques personnages qu'il était prudent de ménager.
Je ne dois pas oublier une commission de la plus haute importance qui fut organisée en même temps, et à laquelle
on jugea à propos de confier la direction de toutes les affaires relatives à l'occupation d'un grand nombre de départements par les troupes étrangères. C'était un fardeau écrasant auquel n'aurait pu suffire l'organisation habituelle de l'administration centrale. Cette commission fut composée de M. Corvetto, conseiller d'État, de MM. Portai et de La Bouillerie, maîtres des requêtes; M. Dudon y remplissait les fonctions de secrétaire avec voix délibérative. La nomination de toutes ces personnes eut lieu par ordonnance royale, le 9 au matin.
Les nouveaux ministres prêtèrent serment entre les mains du Roi, et de ce moment date l'action régulière du premier ministère de la seconde Restauration. Il n'a duré que deux mois et dix-sept jours, cependant il est remarquable par une foule d'actes conçus dans un esprit de fidélité aux principes de la Charte et du gouvernement constitutionnel. Il avait pour mission de rétablir Tautorité royale en France, de la faire triompher des préventions qui s'étaient élevées contre elle, de faire entendre à tous les partis des paroles de paix et de réconciliation. Obligé de souscrire à des mesures de sévérité que commandaient les circonstances, plus encore les passions dont il était environné, il s'appliqua à les renfermer dans les bornes de la plus absolue nécessité; toujours il les tempéra dans l'exécution autant qu'il dépendait de lui. Mais il faut le reconnaître, nous ne nous étions pas fait, en acceptant cette mission, une juste idée des difficultés qui nous attendaient. Nous n'avions pas vu surtout assez clairement de (|uel côté ces difficultés devaient venir de l'intérieur, et nous avions de grandes illusions tant sur les dispositions des souverains étrangers, sur la conduite qu'ils allaient tenir à l'égard de la France, que sur leurs sentiments à l'égard de la maison souveraine qu'ils replaçaient sur le trône pour la seconde fois.
Sous ce dernier rapport, l'erreur n'est imputable qu'à un