LES COLLABORATEURS DE M. PASQUIER
devant de lui? Alors, on entrait dans une série d'événements dont les suites étaient incalculables. A cet égard, les étrangers étaient fondés, dans une certaine mesure, à dire que rien ne pouvait être considéré comme fini tant que cette question ne serait pas tranchée.
J'avais ma part dans les difficultés de toute sorte qui assaillaient le gouvernement; il m'eût été impossible de supporter le fardeau de deux ministères, sans la précaution que j'avais prise de m'assurer le secours de deux collaborateurs habiles. J'avais choisi pour secrétaire général au ministère de l'intérieur M. de Barante, et au ministère de la justice M. Guizot. Ce dernier, sous l'abbé de Montesquiou, occupait la même situation au ministère de l'intérieur; il n'en fallait pas davantage pour inspirer à M. de Talleyrand les plus fortes préventions. Il ne voulut jamais le laisser retourner à ce poste. Il me fallut insister avec une grande fermeté pour l'avoir au ministère de la justice. Je fis comprendre à M. le président du conseil que ce ministère étant celui qui devait me rester, j'avais la prétention très arrêtée de n'être aucunement gêné dans son organisation (1). Je» ne trouvai pas la même opposition pour M. de Barante, qui lui était au contraire fort agréable.
Il était impossible de satisfaire aux besoins impérieux dont on allait être assailli dans les finances, sans le concours des Chambres ; on ne pouvait pas non plus s'en passer, aux termes de la proclamation de Cambrai, pour statuer sur le sort des plus grands coupables. Il fallait donc se mettre en mesure de les assembler.
Nous aurions fort désiré pouvoir rappeler la Chambre des députés de 1814, mais après y avoir réfléchi, on trouva
(1) L'aversion de M. de Talleyrand pour M. Guizot était d'autant plus injuste qu'il avait fait preuve d'un grand zèle en allant, comme je l'ai dit plus haut, porter à Gand des renseignements qui pouvaient être fort utiles ; que de plus, lors de la scission de Mons, il fut de ceux qui demeurèrent attachés à sa fortune.
que cela était à la fois illégal et impraticable. En effet, trois cinquièmes de cette Chambre se trouvaient déjà sans pouvoirs, le temps pour lequel ils avaient été élus étant expiré. Un quatrième allait être dans le même cas. On se résigna donc à courir les chances d'une nouvelle élection. Ce fut sur moi, conmie ministre de Tintérieur, que tomba le devoir de présenter au conseil toutes les propositions, et de faire le travail qu'entraînait l'exécution d'une mesure aussi importante. Les difficultés étaient nombreuses, parce que la législation antérieure était insuffisante, ou plutôt impraticable. Elle donnait au Sénat le droit de choisir parmi les candidats présentés par les collèges électoraux les membres du Corps législatif. Or, le Sénat n'existait plus; la Charte, en instituant la Chambre des pairs, ne lui avait pas conservé cette attribution. Il fallait donc suppléer au silence de la loi.
La Charte avait touché beaucoup trop superficiellement la question électorale, et il était difficile, cette matière venant h être réglée par une loi, de ne pas aller au delà de ses proscriptions. N'était-ce pas le cas de faire jouir la nation des avantages qui pouvaient résulter de quelques modifications apportées à plusieurs articles de la Charte touchant les conditions d'éligibilité, le nombre des députés et quelques autres dispositions relatives à la formation de la Chambre, au mode de ses délibérations et à l'initiative des lois? On ferait de cette manière un essai d'autant plus utile qu'il pourrait fournir des renseignements précieux pour la rédaction de la loi qui interviendrait plus tard. Le pouvoir législatif rentrerait ainsi dans tous ses droits ; on aurait seulement satisfait par anticipation aux besoins les plus pressants.
Je pensais que dans un moment oii il allait être nécessaire de demander au pays de grands sacrifices, on ne pouvait trop faire pour se ménager sa bienveillance et lui donner tous les moyens de contrôle qui dépendaient de