‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 3)Chapitre 169 sur 229 · MOUVEMENT DANS LES PRÉFECTURES · texte numérisé non relu

MOUVEMENT DANS LES PRÉFECTURES

Tautorité royale. Le projet d'ordonnance dont le considérant, ainsi que tous les articles, avaient été concertés entre M. de Barante et moi, avec le plus grand soin, fut adopté tel que je le proposai. Le nombre des députés se trouva relevé, d'après le tableau annexé à l'ordonnance, de 262 à 395. Ils pouvaient être élus à l'âge de trente ans. Il était formellement déclaré, par l'article 14 de la nouvelle ordonnance, que les articles 16, 28, 35, 36, 37, 38, 39, 40, 41, 42, 43, 44, 45 et 46 de la Charte seraient soumis à la revision du pouvoir législatif dans la prochaine session des Chambres. Cette prescription était nécessaire pour ne pas laisser jour à la supposition qu'on avait eu la prétention de trancher définitivement les questions que ces articles soulevaient.

L'ordonnance qui avait été rendue à Arnouville, relativement aux fonctionnaires publics de l'ordre administratif et judiciaire qu'on avait jugé à propos de réinstaller dans le poste qu'ils occupaient au 1" mars, était inexécutable. La plupart de ceux qui en pouvaient profiter avaient besoin d'une nouvelle investiture affermissant leur autorité au milieu des difficultés sans nombre dont ils allaient être entourés. Vingt préfets seulement se trouvèrent renvoyés dans les lieux qu'ils occupaient au 1*' mars. Trente-quatre furent ou changés de résidence, ou rappelés à des fonctions qu'ils n'avaient pas exercées depuis la Restauration, mais qu'ils avaient remplies avec distinction sous l'Empire. Parmi ceux-là se trouvait M. de Tournon, ancien préfet de Rome, l'un des administrateurs les plus habiles; il fut envoyé à Bordeaux.

Dans ce grand mouvement, il était impossible que j'oubliasse un de mes plus anciens amis, M. de Bondy ; il avait été nommé préfet de Paris dès le 21 mars, mais il s'était acquitté de ses fonctions avec la plus grande modération et avait été appelé, dans les derniers moments de son administration, à jouer un rôle important et honorable.

puisqu'il s'était trouvé l'un des trois commissaires envoyés pour conclure la capitulation qui avait ouvert au Roi les portes de sa capitale. Sur mes instances, il avait provoqué, de la part du conseil municipal, une délibération toute favorable au retour de la maison de Bourbon. Je crus donc entrer dans l'esprit de réconciliation générale que le Roi avait l'intention d'opérer en l'envoyant à Metz. M. de Talleyrand, de son côté, avait fort à cœur de placer avantageusement M. de Rémusat, dont les services et les bons sentiments au 30 mars de l'année précédente avaient été méconnus pendant toute la durée de la première Restauration. Il aurait voulu lui donner la préfecture de Paris, mais je représentai qu'il était difficile de n'y pas laisser M. de Chabrol, qui avait été expulsé au 20 mars et qui déjà était réinstallé. M. de Chabrol resta donc, et M. de Rémusat eut la préfecture de Toulouse. C'était le département où ses biens se trouvaient situés et dans lequel il résidait.

Je faisais grand cas, comme administrateur, de M. de Girardin ; il occupait la préfecture de Rouen, à l'époque de la première Restauration, il y était resté jusqu'au 20 mars, et pendant une grande partie des Cent-jours, puis il avait été appelé par Napoléon à la préfecture de Versailles. Malheureusement pour lui, il s'était fait une espèce de point d'honneur de retourner à Rouen; son ami intime, M. de Jaucourt, insista si vivement pour obtenir cette faveur qu'il fut impossible de la lui refuser. Ce que j'avais prévu ne manqua pas d'arriver : l'esprit royaliste était extrêmement exalté dans toute la Normandie, surtout à Rouen et au Havre; la présence d'un préfet qui était demeuré pendant les Cent-jours ne pouvait manquer de causer dans ces deux villes une irritation sous laquelle M. de Girardin a succombé au bout de fort peu de temps. Il ne m'a pas pardonné une disgrâce que j'avais pressentie et que j'avais voulu lui éviter.

J'encourus encore une autre inimitié; celle-là, tout aussi

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