TROUBLES DANS LE MIDL
la bataille de Waterloo. Bientôt la ville de Montpellier fut le théâtre d'une collision entre la garnison de la citadelle et une troupe de royalistes que M. de Montcalm amenait de la campagne et avec laquelle il s'était emparé de la \ille. Rien n'était plus inutile que ce combat, qui coûta la vie à quelques personnes. Si le zèle de M. de Montcalm avait bien voulu patienter pendant trois ou quatre jours seulement, les ordres qui arrivèrent de Paris auraient amené la soumission de cette citadelle et des troupes qu'elle renfermait. Il y a dans les mœurs et dans le caractère des peuples méridionaux un certain fonds de férocité dont la civilisation triomphe difficilement et qui se manifeste par des actes violents, toutes les fois que les passions de la masse sont excitées. L'histoire des années 1815 et 1816 est là pour en faire foi, l'assassinat du maréchal Brune à Avignon, dans le courant du mois d'août, celui des protestants par les catholiques à Nîmes et plus tard ceux du général Lagarde dans la même ville et du général Ramel à Toulouse, n'ont que trop prouvé cette triste vérité. Je reviendrai plus tard sur chacun de ces événements.
Dans l'Ouest, les corps qui s'étaient organisés sous les anciens chefs chouans et vendéens ne pensaient pas à se dissoudre. Us eurent un beau mouvement de patriotisme, lorsque les troupes prussiennes s'avancèrent sur les bords de la Loire et se disposèrent à entrer en Bretagne. Leur indignation éclata et ils manifestèrent la résolution de réprimer par la force cette inutile et injuste invasion. Ils allèrent jusqu'à exprimer l'intention de concerter leurs opérations avec celles de l'armée que le maréchal Davout tenait encore rassemblée sur la rive gauche de la Loire. C'était oublier leurs préjugés et leurs vieilles haines. Cette manifestation eut un bon résultat; elle contribua puissamment à arrêter la marche des Prussiens. Ils craignirent de s'aventurer dans un pays où les habitants étaient depuis de longues années formés à cette guerre d'embuscades, qui
déconcerte le plus les troupes régulières. Cela dit, et en reconnaissant le service rendu, il n'est pas moins vrai que l'esprit indiscipliné de ces bandes, le projet qu'elles annonçaient hautement de détruire l'œuvre de la Révolution, étaient pour le gouvernement une source d'embarras.
Il était évident que les exigences, les passions du parti royaliste seraient bientôt dans l'intérieur notre principal écueil. Déjà nous savions que l'entrée de M. Fouché dans le conseil produisait un fort mauvais effet dans un grand nombre de départements. On n'avait aucune connaissance jen province des services qu'il avait pu rendre dans l'espace de temps qui s'était écoulé entre la bataille de Waterloo et la rentrée du Roi dans sa capitale. On ne comprenait pas les motifs qui avaient pu déterminer le Roi à rapprocher de sa personne un homme déconsidéré, un régicide. Sa présence dans la nouvelle administration jetait donc sur elle un discrédit qui devait aller toujours croissant, à mesure que les sentiments royalistes s'exalteraient davantage. On avait pris M. Fouché pour calmer et rassurer les intérêts de la Révolution triomphante du 20 mars; or, il se trouva que ceux-ci furent presque immédiatement réduits au silence, tandis que les intérêts contraires, que sa présence irritait au dernier degré, acquirent une force à laquelle on n'était pas assez préparé. Ainsi le gouvernement se trouvait sensiblement affaibli du côté où il aurait eu plus besoin d'être fortifié; cette circonstance a eu de fâcheuses conséquences.
Le 19, le public, on peut dire, et l'Europe, eurent enfin connaissance des résultats du congrès de Vienne; l'acte final de ce congrès fut inséré dans la Gazette officielle. Le cours habituel de mes occupations et de mes travaux ne m'avait guère mis jusqu'alors en état de porter un jugement sur les graves questions qui se trouvaient ainsi tranchées. Je fus tout d'abord frappé des inconvénients qui pouvaient résulter pour la France de tant de points de con-