L'ACTE FINAL DU CONGRES DE VIENNE
tact qu'on lui donnait avec la Prusse, et aussi avec le royaume des Pays-Bas, constitué d'après des idées si contraires k celles qui, depuis Richelieu, avaient prévalu dans la politique française. J'en dois convenir, mes appréhensions furent fortement combattues et ébranlées par la joie bruyante qu'affectaient les personnes qui entouraient M. de Talleyrand, par la satisfaction que lui-même laissait percer dans son air et dans ses paroles. A l'entendre, lui et ses flatteurs, jamais rien de plus grand n'avait été fait à aucune époque, par aucun négociateur français. Le duc de Dalberg, M. de Noailles, M. de La Besnardière ne tarissaient pas sur l'art admirable avec lequel M. de Talleyrand avait su non seulement se tirer de la position très déprimée à laquelle il semblait condamné au moment de son entrée à Vienne, mais arriver en si peu de temps à y jouer un rôle principal.
Cet éloge était sans doute mérité sous un certain point de vue, mais ce qu'on ne disait pas et ce que je ne savais pas encore, c'était à quel prix cet avantage avait été acheté et tout ce qu'il devait nous coûter! Je ne commençai h acquérir quelques lumières sur ce point que lors du retour de l'abbé de Montesquieu, qui ne s'était pas pressé de quitter l'Angleterre et ne rentra qu'assez tard à Paris. Je ne fis même pas d'abord assez d'attention à certaines paroles qui lui échappèrent à plusieurs reprises devant moi, et dont j'attribuai l'amertume aux préventions que je lui connaissais contre M. de Talleyrand. A vrai dire, j'arrivai ainsi presque jusqu'à la fin du ministère sans être complètement éclairé sur la plus insurmontable des difficultés de la situation.
Dans la peinture des jours si laborieux que j'ai traversés à cette époque, on doit trouver bon que je m'attache de préférence aux faits auxquels j'ai plus particulièrement contribué, dont je suis par conséquent en mesure de mieux exposer les motifs. L'administration dans les provinces
était loin d'avoir repris sa marche régulière. Beaucoup de départements se trouvaient, comme en 1814» occupés en quelque sorte par des commissaires extraordinaires qui surgissaient de tous les côtés au nom du Roi et des princes, s'emparant de toute l'autorité, en usant le plus souvent avec la dernière imprudence. A la porte de Paris même, en Normandie, cet inconvénient se faisait sentir d'une manière fort importune; mais il était encore bien plus grave dans les provinces méridionales. Le duc d'Angoulême, retiré en Espagne, investi par le Roi des pouvoirs les plus étendus, en avait fait de nombreuses délégations, et le zèle des personnes auxquelles il avait accordé cette marque de confiance péchait souvent par le manque de mesure qui caractérisait alors le royalisme du Midi.
Bientôt un véritable gouvernement dit royale mais indépendant de celui du Roi, se serait organisé dans cette partie du royaume. La ville de Toulouse prétendait en être le chef-lieu; il se serait étendu depuis Bordeaux jusqu'à Nîmes et Marseille. Une ordonnance, rendue le 19, avait pour but de mettre fin à ce désordre. Elle était précédée d'un considérant dans lequel justice était rendue aux intentions et même aux actes de « messieurs les commissaires extraordinaires », mais qui se terminait par ces mots : (( Aujourd'hui que nous avons repris les rênes de notre « gouvernement, que notre Ministère est organisé, qu'il « correspond avec les administrateurs régulièrement nom- « mes par nous, les fonctions de nos commissaires extraor- « dinaires sont devenues superflues et seraient même nuic( sibles à la marche des affaires, en détruisant l'unité « d'action qui est le premier besoin de toute administration « régulière. »
Venait ensuite le dispositif ainsi conçu :
« Article premier. — Les pouvoirs des commissaires « extraordinaires qui exercent des fonctions dans les dépar- « tements de notre royaume cesseront aussitôt la publica-