LE SÉNATUS-C0N8ULTE DU 4 AOUT
nouvelle autorisation du ministre de la police générale. Les écrits périodiques devaient être soumis, de plus, à l'examen d'une commission dont les membres seraient nommés par le Roi, sur la présentation du même ministre. Ainsi se trouvèrent transportées au ministère de la police les attributions qui, par la loi du 21 octobre 1814, avaient été confiées au directeur général de la librairie, dont les fondions furent dès lors annulées et qui se trouva par conséquent supprimé de fait, sans qu'il fût besoin de le dire. Le directeur, on doit s'en souvenir, était M. Royer-Collard.
Le 21 juillet, une autre ordonnance fut publiée sous mon contreseing, mais contre mon avis. La manière dont elle fut mise en discussion est assez singulière pour qu'il vaille la peine de la raconter. La question était celle-ci : « Usera- « t-on du droit qui a été accordé au gouvernement par (( l'article 27 du sénatus-consulte du 16 thermidor an X « (iaortt 1802)? »
Or, ce droit dont aucun gouvernement, ni consulaire, ni imp€^rial,ni royal, ne s'était jamais prévalu, consistait dans la faculté d'adjoindre, à chaque collège électoral de département, vingt membres à son choix, mais dont les dix premiers devaient être pris parmi les trente plus imposés du département, les dix autres parmi les hommes qui avaient rendu des services à l'État. On en pouvait de même adjoindre dix à chaque collège d'arrondissement, ceux-là uniquement pris parmi ceux qui avaient rendu des services à l'État. Cette faculté était tombée dans un complet oubli. Voici comment elle en fut tirée. Lorsque j'avais accepté le fardeau du ministère de l'intérieur, il m'avait fallu chercher les collaborateurs les plus en état de me seconder. On m'indiqua un sieur Labiche, longtemps secrétaire de M. de Montalivet, et dont la grande capacité m'était connue. Pendant les Cent-jours, M. Carnot l'avait beaucoup employé ; depuis, jugeant que ce fait ne serait pas une recommandation auprès du gouvernement du Roi, il avait pris de lui-
même le parti de se retirer. Je l'envoyai chercher et lui dis que je ne pensais pas à lui reprocher les services rendus au précédent gouvernement, et que, s'il était disposé à me servir aussi bien qu'il avait servi mes prédécesseurs, je serais très disposé à remployer. Il me protesta que je pouvais compter sur son entier dévouement, que la vie laborieuse à laquelle il avait toujours été livré ne lui avait laissé aucun loisir pour se former des idées politiques. Il ajouta, et cela acheva de me donner beaucoup de confiance en lui, que je devais savoir tout ce qu'il devait de reconnaissance à M. de Montalivet, qu'il avait conservé l'habitude de lui rendre des devoirs auxquels rien ne pourrait le faire renoncer. Il m'en coûta peu de le rassurer. Je le renvoyai à la tète du bureau dont il était précédemment chargé. Or, ce bureau était celui où se faisait le travail préparatoire des élections. M. Labiche s'y livra avec l'ardeur et l'intelligence qui lui étaient propres, et dans son désir de me prouver combien son zèle était sincère pour le triomphe de la cause des royalistes dans les prochaines élections, il alla déterrer cet article 27 du sénatus-consulte du 16 thermidor an X, et me l'apporta triomphant.
Je fus loin de partager l'enthousiasme de M. Labiche. D'abord, je ne croyais pas nécessaire de se servir de cet article. Le mouvement royaliste me paraissait déjà tellement prononcé dans toute la France que son influence sur les élections me semblait très assurée. Ensuite, il me répugnait beaucoup d'user d'une faculté dont Napoléon luimême n'avait pas pensé à se servir, et qui, à mon sens, était de nature à vicier, à déconsidérer l'élection. Il fallait même ajouter h l'inconvénient de violer si ouvertement le principe de la liberté, celui infiniment grave de ne pas savoir au profit de qui allaient se faire ces adjonctions. Le temps nous manquait pour vérifier les choix. Il faudrait s'en rapporter aux préfets et leur donner carte blanche; mais eux-mêmes sauraient-ils bien ce qu'ils feraient? Plu-