‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 3)Chapitre 181 sur 229 · ARRANGEMENT RELATIF A L'OCCUPATION · texte numérisé non relu

ARRANGEMENT RELATIF A L'OCCUPATION

suivrait la publication de rordonnance. Cette rédaction ay^t été complètement adoptée par M. de Talleyrand, fut portée ce jour même au conseil du Roi, qui y donna son assentiment.

Le 23, on eut le bonheur de pouvoir publier enfin un arrangement conclu avec les ministres d'Autriche, de Russie, de Prusse et d'Angleterre, relativement aux parties du territoire qui devaient continuer d'être occupées par les troupes étrangères, et qui restaient chargées de pourvoir à leur subsistance. On avait, d'un commun accord, tracé sur la carte de France une ligne derrière laquelle se trouvaient situés tous les départements placés dans cette catégorie, dont l'administration était cependant remise aux autorités françaises, sur qui reposerait dès lors le soin de pourvoir aux dépenses de l'occupation. Ce dernier engagement n'avait été pris toutefois que sous la condition que la rentrée des contributions en argent dont plusieurs villes et départements avaient été frappés ne serait pas ultérieurement poursuivie, et qu'à l'avenir aucune contribution do ce genre ne serait demandée. La charge demeurait encore bien lourde, mais du moins elle ne serait plus aggravée par les vexations et les exactions sans nombre que s'étaient jusqu'alors permises les chefs et les intendants militaires des armées étrangères. Cela seul était un grand soulagement.

Le 29, les Anglais firent connaître que, n'ayant plus rien à redouter de Napoléon et se regardant dès lors comme en pleine paix avec la France, leurs croisières avaient reçu l'ordre de lever le blocus et de rendre toute liberté à la navigation.

Mon existence ministérielle était pleine de dégoûts et de mécomptes. Le ministère restait incomplet, le ministre de l'intérieur manquait, on remettait d'un jour à l'autre le choix qui devait en être fait. Il a manqué jusqu'à la fin. Mais le ministre de la maison du Roi avait été nommé.

C'était le duc de Richelieu, il avait une grande importance par le relief que son nom et sa belle réputation pouvaient apporter à notre organisation. M. de Talleyrand l'avait beaucoup vu à Vienne pendant le congrès et ne doutait pas de son adhésion, mais il n'avait pas suffisamment prévu l'effet que devait produire sur une âme de cette, trempe ridée d'une association quelconque avec M. Fouché.

Le duc de Richelieu, quand il apprit sa nomination, était encore sur la frontière. Ses relations avec l'empereur Alexandre étaient fréquentes; or, j'ai suffisamment fait entrevoir à quel point les dispositions de ce prince étaient peu bienveillantes à l'égard de M. de Talleyrand. Placé sous cette influence, le duc n'hésita pas à refuser; on tint d'abord peu compte de ce refus, persuadé qu'on était qu'une fois rendu à Paris, sa résistance ne serait pas difficile à vaincre. Elle fut inébranlable, le coup qu'elle nous porta dans l'opinion fut des plus funestes. Pour ma part, j'en fus sensiblement affecté. M. de Talleyrand en ressentit un dépit qu'il voulut absolument témoigner. M. de Richelieu lui ayant fait connaître sa détermination dans une lettre polie, mais froide, il jugea à propos de faire une réponse et voulut la rendre désobligeante. M. d'Hauterive la rédigea. Elle fut portée au conseil, lue devant le Roi, qui l'approuva et en décida l'envoi. Je me souviens que l'impression qui m'en resta fut pénible, et si le Roi n'avait pas insisté avec une satisfaction très marquée, j'aurais renouvelé mes objections.

Le ministère de M. de Talleyrand n'était pas en position de le prendre sur ce ton vis-à-vis d'un homme de ce rang et d'une réputation aussi bien établie. Tout le piquant de la réponse consistait dans l'ironie avec laquelle on constatait que le duc abjurait sa qualité de Français, à laquelle il devait tenir par tant de beaux souvenirs, et prenait la triste résolution de se consacrer à une patrie nouvelle. On ne prévoyait guère, quand on lui écrivait ainsi, qu'avant trois

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