EXIGENCES DES ALLIÉS
ses ordi'es qui nulle part n'eurent à surmonter même un commencement de résistance. Jusqu'au dernier jour, l'armée s'est fait un grand honneur par le patriotisme dont elle a fait preuve, par le complet oubli de ses droits et de ses intérêts.
Cette discipline, cette abnégation admirables ne produisirent pas sur les souverains alliés l'effet qu'on était en droit d'en attendre. Ils intervenaient dans les affaires intérieures, formulaient sans cesse de nouvelles exigences; leurs ministres, dans les conférences journalières qu'ils avaient entre eux, trouvaient de nouveaux prétextes pour trainer les négociations en longueur; lorsqu'on les pressait de faire connaître quelles étaient les bases des nouvelles conventions dont ils reconnaissaient la nécessité, ils répondaient qu'on ne pouvait rien proposer tant qu'on ne serait pas complètement rassuré sur la solidité de l'établissement de la maison de Bourbon. Us ajoutaient qu'elle avait fait tant de fautes, lors de sa première restauration, qu'il était bien permis de concevoir quelques inquiétudes sur la conduite qu'elle tiendrait à l'avenir.
Ce que lui reprochaient alors, d'un commun accord, les représentants des quatre cours, en tête desquels il faut placer lord Castlereagh, le prince de Metternich, le comte de Ncsselrode et le prince de Hardenberg, c'était de n'avoir pas assez franchement adopté le système de gouvernement institué ou promis par la Charte ; de ne l'avoir pas mis en pratique. Il était seul capable, en conciliant tous les intérêts, d'assurer la tranquillité publique du royaume. Tels furent les motifs et le sens d'une note que, dans les derniers jours de juillet, les ministres des quatre cours réunis jugèrent à propos de transmettre à M. de Talleyrand. Comme conclusion ils demandèrent un mémoire détaillé sur les (c institutions politiques et constitutionnelles de la « France telles que le Roi se proposait de les établir défi- « nitivement ».
M. de Talleyrand me chargea de rédiger ce mémoire, je fus moi-môme, attendu la multiplicité de mes occupations, obligé d'en confier le soin à M. de Barante. Pour donner encore plus de poids à cette défense, M. de Talleyrand jugea à propos de la faire suivre d'une note en forme diplomatique, qui fut remise aux alliés le 3i juillet.
Le 3 août, nous eûmes connaissance d'une convention qui venait d'être signée par les ministres des souverains alliés, d'après laquelle Napoléon allait être conduit à Sainte- Hélène et confié à la garde de Sa Majesté le roi de la Grande- Bretagne, qui répondait de sa personne aux alliés. L'Autriche, la Russie et la Prusse devaient nommer des commissaires qui habiteraient Sainte-Hélène et surveilleraient l'exécution de la convention. Le roi de France serait invité à y envoyer aussi un commissaire dans le même but. Nous n'avions aucune objection à faire, l'odieux de cette décision, dans laquelle il y avait un manque de foi-, ne pouvait retomber sur nous. Les négociations n'en marchaient pas plus vite, et on était encore loin du moment où nous devions obtenir une solution.
Les ministres étrangers toutefois délibéraient entre eux presque tous les jours; c'était de nous qu'ils délibéraient, mais sans nous, bien que chez nous. Pendant ce temps, les difficultés dans l'intérieur allaient toujours croissant. Partout les exigences des royalistes exaltés se multipliaient el devenaient plus ardentes. On était obligé de les ménager d'autant plus qu'on approchait des élections, qu'il fallait se garder de tout ce qui aurait pu, à cette époque, jeter quelque division dans les rangs du parti. Ce fut ainsi que je me vis obligé de céder aux clameurs du parti royaliste des villes de Rouen et de Metz contre les préfets qui venaient de leur être donnés.
A Rouen, les accusations avaient continué contre M. de Girardin. On avait fini par trouver un article extrêmement injurieux contre la maison de Bourbon, imprimé pendant