M. FOUCHÉ MAINTENU DANS LE CONSEIL
vait y avoir de spécieux dans ce raisonnement, mais il ne sut pas résister aux instances d'un personnage qui jouait un rôle si important dans la coalition, et auquel il croyait avoir de grandes obligations. Il pouvait encore d'ailleurs être obligé de réclamer ses bons offices. Il céda donc, envoya chercher M. de Talleyrand, qui m'apprit notre déconvenue.
Notre situation était aussi pénible que possible, il nous faudrait désormais siéger dans le conseil en face d'un homme qui ne pouvait ignorer que nous avions tout fait pour l'en expulser, devantlequel nous ne pouvions plus nous expliquer en confiance. Cette position était si fausse qu'il était impossible qu'elle durât longtemps ; mais comme elle ne pouvait rester complètement ignorée, elle devait jeter sur le conseil un fort grand discrédit. M. Fouché, maintenu presque de force dans le ministère, prenait aussi une importance qui n'était pas faite pour lui donner la faveur du parti royaliste. Le motif allégué sans cesse par lui pour justifier son opposition était le peu de confiance que leur inspirait le ministère. Il était évident que la publication des rapports de M. Fouché, son maintien après cet acte d'indélicatesse n'étaient pas faits pour modifier ses sentiments.
Je ne crains donc pas de dire que l'acte de condescendance qui fut alors arraché au Roi par le duc de Wellington a été un des plus fâcheux de cette époque; qu'il a eu de toutes façons les plus funestes conséquences. Il a été cause de la dissolution du ministère. M. de Talleyrand, comme ses collègues, ne put s'empêcher de soupçonner la discrétion de M. de Vitrolles; il me dit à plusieurs reprises qu'il ne doutait pas que ce fût lui qui eût averti M. Fouché. Je n'en ai pas eu la preuve positive, mais j'incline fort à le croire. M. de Vitrolles fut probablement entraîné par la reconnaissance qu'il croyait devoir à M. Fouché, pour les grands services qu'il en avait reçus pendant les Cent-jours
et qui avaient été peut-être jusqu'à lui sauver la vie. Aveuglé par ce sentiment, il se sera persuadé que M. Fouché était encore plus utile qu'on ne le croyait ; mais cette erreur de son cœur ne saurait excuser l'oubli d'un devoir aussi sacré que celui auquel il a manqué, si l'accusation est fondée.