‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 3)Chapitre 192 sur 229 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Réorganisation de l'Université. — La commission de l'instruction publique. — Imposition extraordinaire de cent millions. — M. de Tallejrand combat le projet avec acharnement. — Scène violente entre lui et M. Louis. — L'imposition donne les plus beaux résultats. — Nominations à la Chambre des pairs. — Le Roi se montre peu disposé à admettre le principe de l'hérédité. — Un rapport de M. Pasquier sur la question réussit à le convaincre. — Arrestation du général de La Bédoyère. — Il est condamné à mort. — M. Pasquier est chargé de rédiger le rapport sur son recours en grâce. — Le recours est repoussé et le général exécuté. — Le maréchal Moncey refuse de siéger dans le conseil de guerre qui doit juger le maréchal Ney. — Mesures de rigueur prises contre lui. — Composition du conseil de guerre. — Troubles à Nîmes. — Assassinat du général Ramel à Toulouse. — Une proclamation du Roi flétrit ces attentats.

— Les troupes espagnoles de Castaiîos menacent d'envahir nos provinces du Midi. — Le duc d'Angoulême réussit à surprendre leur mouvement. — Nouvelle organisation donnée à la maison militaire du Roi. — Le maréchal de Gouvion Saint-Cyr veut réduire le plus possible son effectif. — Louis XVIII présente au conseil un contreprojet élaboré dans le cabinet de l'empereur Alexandre ; persuadé que ce changement d'opinion du Roi est dû au marquis de Vitrolles, le maréchal anime contre lui M. de Talleyrand; tous les deux l'apostrophent à son entrée au Conseil dans les termes les plus durs.

— Le projet royal n'en est pas moins adopté. — Au cours d'une conversation avec M. de Nesselrode, M. Pasquier commence à soupçonner que la présence de M. de Talleyrand dans le ministère l'affaiblit plus qu'elle ne lui donne de prestige.

Dans Tintervalle qui s'écoula entre le commencement des élections d'arrondissement et la fin des élections de département, le gouvernement fit plusieurs actes importants dont je dois d'autant plus rendre compte qu'ils sont presque tous de ceux auxquels j'ai pris une grande part.

Le io août, le Roi rendit, sur mon rapport, une ordonnance concernant l'Université. L'abbé de Montesquiou,

avant les Cenl-jours, avait en grande partie renversé le système de TUniversité impériale; mais le temps lui avait manqué pour mettre son plan nouveau à exécution, et, sauf la nomination du grand maître, M. Tévéque d'Alais, et quelques autres, tout était encore à faire lorsque je me trouvai, comme ministre de l'intérieur, chargé de pourvoir aux besoins de l'instruction publique : que devais-je faire? Fallait-il tenter de mettre en pratique l'ordonnance de l'abbé de Montesquiou, ou serait-il préférable de laisser fonctionner l'ancienne Université? Nous n'étions pas en situation de nous donner les embarras d'une organisation nouvelle qui aurait entraîné une augmentation de dépenses assez considérable. L'abbé de Montesquiou avait trouvé moyen d'y pourvoir avec les ressources de la liste civile; mais la liste civile aurait probablement à supporter en même temps de nouvelles charges et une assez grande réduction dans ses revenus ; il n'y avait donc pas à songer à un secours sur lequel on avait cru pouvoir compter six mois plus tôt.

Toutes ces considérations me décidèrent à proposer au Roi et au conseil de conserver provisoirement ce qui existait, en remplaçant seulement, pour mieux caractériser ce provisoire, l'ancien grand maître, le conseil, le chancelier et le trésorier, par une commission d'instruction publique qui remplirait fort économiquement les fonctions attribuées à ces différents pouvoirs. Les membres de la commission étaient M. Royer-CoUardetM. Cuvier,tous deux conseillers d'État et déjà conseillers au Conseil royal de l'instruction publique, M. Silvestrede Sacy, membre de l'Institut, professeur au Collège royal et recteur de l'Université de Paris; il y avait dans les sciences peu de noms plus connus de toute l'Europe que le sien et celui de M. Cuvier ; puis M. l'abbé de Frayssinous, M. Guéneau de Mussy, et M. Petitot, qui fut nommé secrétaire général. Ces trois derniers avaient déjà rempli, avec beaucoup de succès, les fonctions d'inspec-

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