‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 3)Chapitre 196 sur 229 · ASSASSINAT DU GÉNÉRAL RAMEL · texte numérisé non relu

ASSASSINAT DU GÉNÉRAL RAMEL

Un tel état de choses ne pouvait être longtemps toléré. Le mal allait chaque jour se propageant; on en eut la preuve par le crime abominable qui avait été commis à Toulouse le 18 août. Là, sous prétexte de travailler plus particulièrement au triomphe de la cause royaliste, on avait organisé dans la garde nationale une compagnie dont les soldats, à cause de leurs uniformes verts, avaient pris le nom de Verdelets, De ses rangs sortirent les assassins du général Ramel, commandant pour le Roi dans la ville. Dire les motifs secrets de ce crime serait chose difficile. Le général Ramel avait des titres à la confiance des royalistes, car il avait été, au 18 fructidor, du nombre des déportés à Cayenne; personne alors ne passa pour avoir été plus que lui engagé dans le complot royaliste qui avait servi de prétexte à la révolution opérée dans cette journée. Je ne sache pas qu'il eût été compromis dans les Cent-jours; mais il voulait maintenir le bon ordre, il avait de la fermeté, et faisait obstacle à la toute-puissance dont voulait s'emparer le parti ultra. Sa perte avait été jurée. Il ne saurait entrer dans mon plan de donner les détails de la scène horrible qui dura vingt-quatre heures et qui se termina par la mort du général. Blessé d'abord dans la rue, il fut achevé dans son lit, au milieu de la nuit, par les assassins, qui parvinrent à forcer sa maison. M. de Rémusat remplissait les fonctions de préfet et M. de Villèle celles de maire. Le préfet a souvent laissé entendre que le maire l'avait bien faiblement secondé, pendant toute la durée de l'émeute. Le maire a publié le lendemain de la crise une proclamation plus énergique que ne semblait le promettre sa conduite pendant la nuit. L'œuvre de la sédition était accomplie, le but était atteint. C'était au Roi qu'il appartenait de faire entendre des paroles à la fois sages et mesurées. On ne pouvait apporter trop de soin à la rédaction de la proclamation qui allait être publiée en son nom.

« De grands crimes, d'infâmes trahisons ont été commis

« dans les mois précédents; ils ont amené sur la France de « grands maux; des persécutions intolérables ont été exer- « cées contre ceux de nos fidèles sujets qui, en suivant la <f bannière de notre bien-aimé neveu, ont tenté courageu- « sèment avec lui de sauver la France (i). La punition de « ces crimes doit être solennelle, nationale, régulière; les « coupables doivent tomber sous le glaive de la loi, non « pas succomber sous le poids de vengeances particulières, a Ce serait offenser la justice, ce serait perpétuer les dis- « cordes et ouvrir la porte à mille désordres, ce serait bou- « le verser Tordre social que de se faire soi-même juge et <c exécuteur pour les offenses qu'on a reçues, même pour les ce attentats commis contre notre personne. Nous espérons « que cette coupable entreprise de prévenir Faction des lois « et de notre autorité a déjà cessé, elle serait un attentat •a contre nous et contre la France; quelque vive douleur « que nous puissions en ressentir, rien ne serait épargné •« par nous pour punir de tels crimes. Notre digne neveu, •ce dont le nom se trouve désormais lié aux sentiments « d'amour et de dévouement qu'ont manifestés nos proa vinces du Midi, qui par son caractère d'obéissance, de « conciliation et de force, les a préservées et les préserve u encore des maux de l'invasion, serait aussi notre mandate taire pour la sauver des discordes civiles, pour réprimer « et faire punir ceux qui prétendraient abuser de notre nom « et du sien. »

On voit que le duc d'Angoulême était le représentant des idées modérées. Il est, de plus, fait allusion à une invasion qui avait menacé les provinces du Midi. Quelques mots d'explication sont nécessaires.

(i) Cela s'appliquait plus spécialement au massacre de deux volontaires royaux, dans le village d'Arpaillargues; ils avaient été assassinés en revenant de Pont-Saint-Esprit, lors de la dispersion de l'armée du duc d'Angoulême, et la vengeance de leur mort était un des prétextes^ dont les royalistes se servaient habituellement pour justifier leurs «xcès.

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