M. BEU6N0T A LA POLICE
le commandement de Tarmée qui, après le rembarquement des Anglais à la Corogne, devait en faire la conquête. Il avait su, en Espagne, maintenir la discipline, faire vivre dans l'abondance le corps qu'il commandait, mais en même temps, il s'était signalé par des exactions odieuses, source de rénorme fortune qui lui était attribuée. Enfin ses habitudes grossières, son manque d'éducation, auraient dû le rendre peu agréable au prince dont il avait su cependant capter la confiance. Il y était arrivé avec l'aide de M. de Bruges, auquel il avait promis de marcher ouvertement dans le sens des royalistes les plus zélés. « II faut un « homme de ce caractère et de cette fermeté », disait Monsieur, a pour en imposer à l'armée, pour la contenir dans « le devoir. » Et Monsieur parvint à le faire croire au Roi ! Restait toujours la marine dont il fallait terminer l'intérim. L'envie que M. Ferrand avait de la garder ne put l'emporter sur une autre combinaison qui prévalut. On commençait à s'apercevoir que M. Beugnot était peu propre à diriger la police ; les prédictions que j'avais faites à M. de Blacas à ce sujet n'avaient pas tardé à se justifier. Il était lui-même tous les jours plus convaincu de son peu d'aptitude pour les fonctions qui lui étaient dévolues; je ne puis à cet égard consei^ver le moindre doute, souvent il venait déjeuner chez moi, il trouvait un soulagement à me conter ses inquiétudes, ses tribulations ; il alla jusqu'à me demander des conseils que je me suis toujours soigneusement abstenu de lui donner, alléguant pour motifs de cette réserve que lorsqu'on avait perdu le fil de ces sortes d'affaires, on ne pouvait plus s'en faire une idée juste. Une fois seulement je lui demandai s'il était bien informé de ce qui se passait à l'île d'Elbe ; je fus étonné du peu d'importance qu'il attachait à ce point redoutable, comme du peu de moyens qu'il semblait employer pour le surveiller. C'est là très certainement la plus grande faute de son administration comme directeur général de la police. Il
peut dire, pour se justifier, que son successeur a encore pris de ce côté moins de précautions que lui. Il était absorbé par les intrigues du château; il était obsédé; rien de plus plaisant que de l'entendre raconter comment, au milieu de ces tiraillements, il ne savait plus que faire ni de quel côté se tourner. Jamais homme, au reste, n'a mis plus de bonne grâce et d'esprit à faire les honneurs de sa propre personne. En résultat, il ne tenait en aucune façon à sa direction et ne pouvait être que charmé de la changer pour un ministère. M. de Blacas, avec lequel ses rapports étaient toujours intimes, et Monsieur, dont il avait su conserver la bienveillance, se réunirent pour le porter à la marine.
On donna la direction générale de la police à M. d'André. M. de Blacas contribua beaucoup à ce choix; c'était sans doute un homme d'esprit, il en avait fait preuve pendant l'Assemblée constituante, il avait de plus de l'adresse, de l'intrigue, mais il était déjà vieux, fort éteint. Il avait été absent de France pendant toute l'émigration et ne connaissait ni les hommes ni les choses dont il allait avoir à s'occuper. Il s'agissait de surveiller les hommes de la Révolution et de l'Empire, il était peu sensé de remettre ce soin aux mains d'un homme qui n'en savait que ce qu'il avait pu apprendre par la lecture des gazetjtes. Une particularité singulière sur le choix de M. d'André, c'est qu'il avait été suggéré par M. Fouché qui l'avait connu à une époque où il se trouvait en Pologne, chargé de pouvoirs du prétendant, devenu depuis Louis XVIII. Toujours est-il que M. Fouché affectait en toute occasion d'en faire un grand éloge, d'en parler comme de l'un des hommes dont les Bourbons pouvaient tirer le meilleur parti. Sous le rapport de la modération dans les idées, d'une complète absence de prévention relativement aux personnes, cela était vrai ; mais il n'avait plus guère que cette qualité, il en fallait d'autres dans le poste où on l'appelait.
Comment se pouvait-il faire que M. Fouché fût arrivé si