‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 3)Chapitre 27 sur 229 · INFLUENCE DE M. FOUCHÉ · texte numérisé non relu

INFLUENCE DE M. FOUCHÉ

tôt à exercer l'influence que je lui suppose? Ceci, en effet, nécessite un peu d'explication. J'ai dit qu'il s'était habilement conduit dans le Sénat, lorsqu'on y avait agité la question de l'étendue des pouvoirs dont Monsieur devait être revêtu en sa qualité de lieutenant général du royaume. Dans les jours suivants, il eut encore le bon esprit de s'effacer, et enfin, quand l'entrée du Roi eut lieu, il n'hésita pas à se retirer dans sa terre. Ses amis eurent soin de le faire remarquer. Cette conduite avait porté ses fruits, surtout auprès de Monsieur. Les gens dont il était entouré tenaient au fond très peu de compte des antécédents, pour peu qu'on voulût entrer dans leurs vues et se mettre à leur disposition. Il fut donc bien établi, parmi certains royalistes qui se piquaient de grandes vues, que M. Fouché était l'homme le plus habile qui eût paru dans la Révolution, que si on ne pouvait l'employer ouvertement, il était bon et sage de se rapprocher de lui et de mettre à profit ses conseils. Ce fut alors que M. de Chateaubriand introduisit dans une brochure intitulée : Réflexions politiques, cette phrase remarquable sur un régicide qui se repent : « Celuici sort de la classe des coupables pour entrer dans celle des infortunés. » Et ce fut sans doute en pensant à M. Fouché que, toujours parlant de régicides, il écrivit celle-ci, non moins étonnante sous sa plume : « Nous les rencontrons, nous leur parlons, nous allons chez eux, nous nous asseyons à leur table, nous leur pressons la main sans •frémir ! » Il est vrai que dans une seconde édition de cette brochure, qui a été donnée après la seconde Restauration, cette phrase s'est trouvée retranchée.

Il doit être facile maintenant de comprendre comment M. Fouché avait rencontré les intermédiaires les plus empressés et les plus commodes pour faire parvenir jusqu'à Monsieur ses notes et ses bulletins. S'il est vrai, comme il Fa prétendu, qu'il se soit servi de cette facilité pour faire entendre au prince des vérités asaez fortes, il

Bavait aussi, sans aucun doute» y mêler à propos ce qui devait le faire écouter sans trop de déplaisir. Or, on peut affirmer qu'il n'était pas rigoureux sur les principes du gouvernement qu'il convenait d'adopter et de suivre. Se servir des hommes de la Révolution, même les plus tarés, puis faire avec eux et par eux tout ce qu'on voudrait, voilà sa politique ; peu lui importait l'usage du pouvoir pourvu qu'on le remit aux mains de ses amis, qui sans doute ne tarderaient pas à lui transmettre la meilleure part. Il avait trouvé moyen de correspondre avec M. de Blacas. Celui-ci, ayant entendu dire que Napoléon accueillait beaucoup de correspondances privées et s'en trouvait bien, s'était cru en état de tirer parti du même moyen de s'instruire. C'est ainsi qu'il avait accueilli la correspondance de M. Fiévée, publiée depuis par ce dernier. M. de Blacas ne savait pas qu'il faut avoir déjà par devers soi une connaissance approfondie des hommes et des choses pour s'exposer, sans trop de danger, à recevoir des impressions données dans les ténèbres, reposant sur des allégations qu'on ne peut contrôler. Voilà comment M. Fouché s'était ménagé les moyens secrets qui lui ont permis de faire valoir à propos le mérite qu'il supposait à M. d'André et qui plus tard l'ont fait arriver lui-même à la position fort élevée qu'il a occupée pendant quelques moments.

L'ordonnance concernant les changements dans l'organisation ministérielle parut au commencement du mois de décembre. Elle ne laissa pas que de causer dans le public* une assez vive agitation. Dans le conseil, ce fut une sorte de révolution. Le crédit de l'abbé de Montesquiou en fut sensiblement atténué, celui de M. de Blacas fort augmenté.

Aussitôt en possession de son ministère, le maréchal Soult s'empressa de justifier les espérances qu'il avait fait concevoir et de satisfaire aux engagements qu'il avait pris. Ayant organisé auprès de lui un comité de la guerre, dont tous les membres furent nommés par le Roi et dont

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