LE MARÉCHAL SOULT A LA GUERRE
firent partie cinq lieutenants généraux fort distingués, il eut soin d'en faire donner la présidence à M. de Bruges. Ce choix était étrange. Le comité apparemment était destiné à éclairer le ministre dans les questions les plus délicates ; on y donnait la première place à un homme qui n'avait jamais servi ; c'est lui qu'on plaçait au-dessus des généraux de la première réputation, tels que MM. de Latour-Maubourg et Ruty.
Puis le Moniteur donna connaissance au public d'une lettre adressée par le nouveau ministre de la guerre au préfet du Finistère, relative à l'érection d'un monument pyramidal au lieu où les victimes de Quiberon avaient été immolées; un autre monument devait être élevé à la chartreuse d'Auray, où leurs restes avaient été transportés. Une souscription était ouverte pour subvenir aux frais de cette pieuse entreprise. Rien n'était plus juste, plus honorable que l'idée de rendre un éclatant hommage à tant de victimes de leur dévouement à la religion et à la cause royaliste; je dirai plus, c'était pour les princes un devoir impérieux de consacrer ce souvenir de leurs héroïques partisans, massacrés sans pitié; mais ce zèle pour les idées royalistes et religieuses était si peu dans le caractère et les antécédents du maréchal, que s'il lui valut les bonnes grâces de la cour, il excita dans le public un ironique étonnement qui redoubla quand on sut qu'il faisait avec beaucoup de soin et de somptuosité établir une chapelle dans l'hôtel de son ministère.
Le nouveau ministre manqua également de mesure dans l'affaire du général Exelmans. On avait surpris sur un voyageur anglais une lettre que le général écrivait au roi de Naples, Murât, dont il avait été jadis l'aide de camp. Cette lettre était inconvenante et contenait des offres de service dont l'expression pouvait paraître coupable. Le général Dupont avait fait un rapport au Roi et demandé l'autorisation de traduire le général devant un conseil de
guerre. Le Roi, attendu la bonne renommée de cet officier aimé et estimé, dont les services avaient été éclatants, se borna à le faire appeler par le ministre qui, lui remettant fortement ses torts sous les yeux, lui faisait valoir l'indulgence de Sa Majesté et lui enjoignait d'être plus circonspect à l'avenir. Le maréchal Soult, soit qu'il trouvât la leçon insuffisante, soit que M. Ëxelmans se fût permis encore quelques propos fâcheux, quelques démarches répréhensibles, le mit en non-activité, avec ordre de se retirer à Barsur-Ornain, où son traitement de demi-solde lui serait payé.
Le général n'obéit pas; sa femme était au moment d'accoucher; il n'avait point de fortune, point d'autre domicile que la capitale; il prétendit que, puisqu'il n'était plus en activité, le ministre de la guerre n'avait plus d'autorité sur lui. Après plusieurs significations dédaignées, le ministre de la guerre enjoignit enfin au commandant de place de faire exécuter ses ordres, d'employer la force si cela était nécessaire. La gendarmerie se transporta au domicile du général Ëxelmans, qui trouva aisément le moyen de s'évader; mais une perquisition avait eu lieu dans sa maison, et sa femme ne manqua pas de se plaindre des mauvais traitements que, disait-elle, on lui avait fait éprouver. Elle consigna sa plainte dans une pétition qui fut adressée h la Chambre des députés. Le m§.ri en fit autant de son côté, et voilà que le Corps législatif, la capitale, la France et l'armée furent émus par ce scandaleux débat, chacun prenant parti suivant son inclination; or, la majorité n'était pas favorable au gouvernement.
Cependant le rapport des deux pétitions se fit à la Chambre à la suite d'un exposé des droits et des faits où fut établi, non sans beaucoup de ménagements pour le général, qu'il eût dû obéir; la Chambre passe à l'ordre du jour sur sa pétition et renvoie au ministre celle de sa femme. Le ministre, alors, prend le parti d'assembler à Lille un conseil de guerre auquel il renvoie le jugement de