‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 3)Chapitre 3 sur 229 · SITUATION DE MURAT A NAPLES · texte numérisé non relu

SITUATION DE MURAT A NAPLES

sa personne, et sa présence à Leipzig a contribué au gain de la bataille. Ajoutez que la Suède, qui Ta appelé librement, est une des puissances signataires du traité de Paris. Malgré les torts qu'il a pu avoir envers ses alliés pendant la campagne de France, malgré les droits du prince qu'il doit déposséder et dont la principale faute est d'avoir fait éclater pour le principe de la légitimité un dévouement qui n'était pas encore de saison, le maréchal Bernadotte, prince héréditaire de Suède, a une position difficile à ébranler.

Les États de Murât, dont le principal titre est d'avoir épousé une sœur de Napoléon, ont appartenu à la maison do Bourbon. Ne pensera-t-on pas à les rendre à leurs anciens possesseurs? N'est-ce pas la conséquence juste et sage de la Restauration française? Sur ce point, des opinions fort opposées vont se combattre. Murât a tenu dans ces derniers temps une telle conduite qu'il a dû, surtout en France, fermer la bouche à ses partisans et faire beau jeu à quiconque voudra soutenir les droits de l'antique dynastie napolitaine. Son principal appui doit dès lors se trouver à Vienne, parce que là on peut vouloir, à tout prix, que l'Italie soit soustraite à l'influence française.

Il y avait dans toutes ces compétitions de graves sujets de préoccupation pour le cabinet français. Quelle serait son influence dans les grands débats qui allaient s'ouvrir? La royauté allait-elle ressaisir la place si considérable qu'elle occupait jadis dans l'Europe? Si son crédit n'était pas incontesté, tel que son passé l'exigeait, il serait fort à craindre que l'orgueil national ofl'ensé ne se tournât contre ceux dont la présence ne l'aurait pas préservé d'un afl'ront. Les souverains qui ont fait et voulu la restauration ont intérêt à la soutenir. Il faut qu'ils soient conséquents dans leurs actes et qu'ils ne refusent pas, aux princes qu'ils ont replacés si haut, les moyens de se maintenir avec honneur dans leur situation reconquise. On ne doit pas oublier que Napoléon, relégué dans l'île d'Elbe, se trouve placé aux

portes de la France et de l'Italie. Il conserve dans l'un et l'autre pays des partisans fort dangereux; il est pour quelques-uns l'objet du plus aveugle dévouement. Des deux côtés des Alpes, il a pour lui le cœur des soldats. En Italie, sa sœur règne encore à Naples. Avec de tels appuis, avec un caractère comme le sien, avec une àme de sa treinpe, peut-on croire que sa résignation soit sincère, et ne doit-on pas considérer que plus il a été offensé, plus sa chute a été profonde, plus il doit nourrir la pensée de se relever et de se venger? Il est certain qu'il épiera toutes les fautes, se tiendra aux aguets de toutes les occasions, décidé h n'en laisser échapper aucune. Le gouvernement royal saurait-il éviter tous les écueils, surmonter toutes les difficultés d'une situation si compliquée, si délicate?

Le mois de juin fut employé principalement à organiser les deux Chambres, à discuter les règlements nécessaires pour assurer la régularité de leurs délibérations et dos rapports qu'elles devaient avoir entre elles. On s'occupa de préparer les projets de loi qui devaient leur être portés. Ceux relatifs aux finances étaient urgents, car la situation vraie de l'arriéré n'était pas bien connue, et les besoins de la nouvelle administration, l'étendue de ses dépenses n'étaient pas aisés à fixer. La question des droits réunis, si malheureusement engagée par Monsieur lors de son entrée en France, et sur laquelle il avait bien fallu revenir depuis par voie d'arrêté ou d'ordonnance, devait être décidée législativement, et il était à craindre, même en conservant cette perception, que les changements qu'on voudrait y introduire n'en diminuassent considérablement le produit.

L'attention publique fut un moment détournée par les actes du directeur général de la police. Il commença par une circulaire en date du 2 juin; cette pièce se trouva fort au-dessous du talent de M. Beugnot. On en a retenu une phrase dans laquelle il comparait l'action de la police à la

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