PREMIERS ACTES DE M. BEUGNOT
goutte d'huile introduite dans les ressorts d'une machine compliquée. « C'est ainsi », disait-il, « qu'elle doit s'insi» « nuer doucement entre les rouages compliqués de la a société, pour en faciliter les mouvements, etc. » Cette dépense d'esprit n'eut aucun succès ; mais cinq jours après, M. le directeur général hasarda une publication bien autrement grave. Il fît paraître une ordonnance sur l'observation des dimanches et fêtes. Elle avait sans doute un but louable, mais elle était au moins intempestive et pouvait sous plusieurs rapports être accusée d'illégalité. S'appuyant sur d'anciens arrêts de cours souveraines et sur un règlement de 1782, qu'à la vérité il disait rappelé par deux lois de l'an X, il y prescrivait, avec la plus grande rigueur, la cessation de tous les travaux et la clôture des boutiques les jours de dimanches et fêtes, et menaçait les contrevenants de telles mesures de police administrative qu'il appartiendrait, sans préjudice des poursuites à exercer contre eux par les tribunaux. Les danses et les plaisirs publics étaient défendus sous les mêmes peines; quant aux exceptions qu'il avait fallu admettre pour la vente des comestibles et de plusieurs choses indispensables aux besoins de la vie et de la santé, elles étaient énumérées avec une minutieuse sollicitude.
Certainement M. Beugnot, en adoptant cette mesure, en se chargeant de la faire exécuter, n'avait point obéi à sa propre impulsion et avait cédé aux vœux de la famille royale; mais il avait eu grand tort de ne pas lui faire sentir qu'il ne fallait pas se hâter autant de contrarier des habitudes déjà bien anciennes. Il aurait dû surtout remontrer ' que rien n'était plus douteux que le droit d'imposer aux citoyens, par simple ordonnance de police, des obligations que l'autorité législative pouvait seule établir. Or, tous les arrêts , les règlements , les lois mêmes qu'il invoquait étaient ou inapplicables ou formellement abrogés par des lois postérieures. Une telle entreprise ne pouvait manquer
de soulever beaucoup d'esprits, car elle ne contrariait pas seulement les usages populaires, mais blessait encore dans les classes les plus élevées des opinions établies et respectées. Évidemment la goutte d'huile avait manqué. Des résistances eurent lieu, des réclamations se firent entendre ; leur vivacité fut accrue par une seconde ordonnance rendue le 10 juin, au sujet des processions de la Fête-Dieu. Il était ordonné à tous les particuliers de faire tendre le devant de leurs maisons dans toutes les rues où le Saint Sacrement devait passer. Ceci soulevait une très grosse question relativement à la liberté des cultes consacrée par la Charte. Un protestant pouvait-il être astreint h un acte qui supposait une sorte de participation à un culte qui n'était pas le sien? Pour cette fois, M. Beugnot avait encore été chercher ses points d'appui plus haut, car il remontait dans son préambule à des ordonnances et règlements rendus en i702 et en 1720. Alors il n'y eut plus de bornes aux appréhensions que les malintentionnés s'efforcèrent d'accréditer. Ce premier pas annonçait clairement ce qui devait suivre : on allait ramener l'ancien régime dans ce qu'on appelait sa « pureté ».
Aussitôt que la Chambre des députés fut constituée, elle eut à entendre des pétitions sur l'excès de pouvoir qu'on reprochait à l'ordonnance relative à l'observation des fêtes et dimanches. Dans les rapports comme dans les discussions qu'elles occasionnèrent, l'excès fut tenu pour certain. M. le directeur général ne fut excusé que sur son intention et sur Terreur dans laquelle il avait pu tomber en croyant que les lois de l'an X, qu'il avait citées, étaient applicables. En dernier résultat, cette ordonnance fut bientôt comme non avenue. Mais elle a été le point de départ des plus fâcheuses préventions.
Un décret du gouvernement remplaçait, sur la décoration de la Légion d'honneur, la figure de Napoléon par celle de Henri IV. De tous les rois de France, c'était le plus